Cognition et sciences sociales
Responsable : Dominique Guillo

Chercheurs associés aux activités : J.N. Ferrié, B. Dupret, N. Khrouz, C. Baylocq, F. Ireton, N. Lanza, E. Klaus

Cet axe de recherche s’inscrit à la croisée de l’épistémologie et de la théorie des sciences sociales, en lien étroit avec la recherche empirique. L’objectif est de mener une réflexion sur la cognition en s’appuyant sur une lecture critique de deux paradigmes diamétralement opposés, dont le conflit domine aujourd’hui fréquemment les débats sur ce thème. Le premier se déploie dans la vaste nébuleuse qui se dessine sous l’étiquette « sciences cognitives ». Appuyé essentiellement sur l’expérimentation, ce « naturalisme » – ou  « cognitivisme » – développe fréquemment une conception de la cognition détachée de tout ancrage situationnel et interactionnel et centrée sur les mécanismes mentaux considérés comme les causes des croyances. Le second paradigme s’articule, quant à lui, autour de l’idée selon laquelle les êtres dont se compose le monde – êtres vivants, groupes sociaux, institutions, êtres surnaturels – n’ont aucune stabilité ontologique et ne sont en dernière instance rien d’autre que des « constructions » sociales ou culturelles. Dans cette posture « constructiviste », les objets sur lesquels porte la cognition, tout comme les supports organiques qui la rendent possible, deviennent ontologiquement inconsistants, épistémologiquement évanescents et sont réduits à la logique qui est censée commander de l’intérieur les discours qui les invoquent. Chacun de ces deux paradigmes est bien loin de traduire la richesse des vues développées, d’un côté, en sciences de la nature – ou en sciences dites cognitives – et, de l’autre, en sciences sociales, à propos de la cognition. Simplement, c’est bien souvent à travers le prisme de cette opposition que les débats interdisciplinaires sont posés sur ce thème. C’est également la raison pour laquelle ces débats prennent souvent une tournure très polémique, qui rend le dialogue critique et la clarification épistémologique encore délicats et rares.

cognitionL’ambition de cet axe de recherche est de développer une réflexion qui échappe à cette opposition, en tenant compte à la fois des intuitions et arguments solides développés dans certaines versions de ces paradigmes, ainsi que des arguments proposés dans les perspectives qui refusent cette alternative et attirent l’attention, notamment, sur la dimension pratique, interactionnelle, située ou distribuée de la cognition. Les travaux réalisés dans cet axe se font en collaboration étroite avec les recherches empiriques et théoriques menées dans les autres orientations de recherche du Centre, en particulier sur les croyances religieuses, le welfare, les questions de société – notamment la santé et les croyances qui l’entourent. Au total, l’objectif est de mener ces réflexions théoriques en lien étroit avec une matière empirique, de manière à ce que, en retour, les recherches menées par le Centre dans les différents observatoires sur le Maghreb puissent s’appuyer sur une assise théorique solide et précise.