Une attention particulière est accordée aux dynamiques politiques et juridique. Cela vise, en premier, lieu à remettre les études politiques et juridiques au cœur de l’activité du Centre, d’où elles avaient presque disparu. Les dynamiques politiques et juridiques que connaissait le Maroc, depuis plus d’une décennie, justifiaient à elles seules ce recentrage. Les événements que la région a connus depuis le mois de janvier 2011 en ont fait un impératif. Il ne s’agit toutefois pas de répondre seulement à des besoins d’analyse conjoncturelle, mais bien de profiter du dispositif de recherche du Centre afin d’analyser les soubassements de la situation et de comprendre, en rendant justice à leur complexité, les changements en cours. Ces changements sont inextricablement politiques et juridiques, parce que le droit est le moyen par lequel les réformes politiquement décidée se mettent en place ou, au contraire, un obstacle à celles-ci. Il en est de même bien sûr des institutions juridiques qui sont simultanément des institutions politiques, en ce sens qu’elles ressortissent toutes de l’organisation constitutionnelle des Etats et lui donne ses moyens d’action.
Le but de cette orientation de recherche est de parvenir à rendre compte de la complexité des phénomènes de stabilité, de changement, de consolidation ou, au contraire, de déstabilisation des régimes, en prenant en compte l’impact de la vie de la société sur ceux-ci ainsi que l’impact qu’ils ont, en retour, sur la société. Pareillement, il s’agira de prendre au sérieux les logiques proprement institutionnelles (juridique, constitutionnelles) qui proposent et imposent des cadres d’action. On s’attachera, en somme, à éviter les tendances réductionnistes qui amènent l’analyse politique à se focaliser sur le cours de la vie politique. Non pas que celui-ci soit dénué d’intérêt, mais parce qu’il ne peut se comprendre que par rapport à un plus large contexte.
Trois directions de recherche sont privilégiées :
Les architectures constitutionnelles et les processus de réforme ou de transition politique : Il s’agit de comprendre, dans une approche comparative, la nature et la portée des changements politiques et constitutionnels induits par le Printemps arabe. On s’intéressera particulièrement aux changements constitutionnels, considérés à la fois comme un aboutissement des changements politiques intervenus dans les derniers mois et comme le moyen de les prolonger en les stabilisant. Les constitutions, en effet, ne sont pas seulement des textes juridiques organisant les relations entre les institutions politiques et leurs membres ; elles s’inscrivent dans une configuration plus vaste, les architectures constitutionnelles, lesquelles organisent l’équilibre politique d’une société, c’est-à-dire la répartition des droits et des pouvoirs.
Les politiques publiques sociales : On se propose de rechercher la part que prennent ces politiques dans la recherche et le maintien des équilibres sociaux et dans la stabiltié du régime. L’usage bismarckien de la protection sociale, afin de garantir le maintien d’un consensus positif parmi la population, est caractéristique de la croyance dans le fait que le welfare favorise la stabilité des régimes, notamment de ceux présentant un déficit démocratique. Cette croyance est partagée (pour des raisons différentes) par les gouvernants, par les acteurs de la scène politique et par la plupart des analystes et des commentateurs. Est-elle vraie, tout au moins dans cette formulation mécanique, et s’applique-t-elle au Maroc et aux autres pays de la région ?
L’étude du droit et des institutions juridiques : L’étude du droit et des institutions juridiques a été largement négligée, dans les mondes musulmans, à l’exception de ce qui touche à la référence à l’islam. Ceci vaut à tous les niveaux : la formation juridique, l’élaboration du droit, le personnel judiciaire, les professions juridiques, la gestion policière et judiciaire de la criminalité, la prise de décision judiciaire, l’exécution des jugements, l’application des peines, les régimes d’incarcération, les justices parallèles, les justices d’exception, l’impact de l’aide extérieur sur les réformes, le sens commun du droit et de la justice, l’organisation spatiale, sociale et statistique de la justice et de sa mobilisation, etc. Il en résulte un certain nombre de biais ou de lieux communs sur le droit et la justice dans les pays de la région, qui sont source de nombreuses erreurs d’analyse. Il n’est pourtant pas imaginable de s’intéresser à ces pays sans chercher à comprendre les enjeux que le droit non seulement reflète, mais aussi organise et constitue en lui-même, tout comme on ne peut considérer le droit de ces pays sans prendre la mesure de tout l’éventail des pratiques qui entourent son élaboration, son administration, son application et son vécu.
