Mouvements migratoires et espaces transfrontaliers

Responsables : Mehdi Alioua et Ali Bensaâd

Chercheurs associés aux activités : N. Khrouz, W. Vloeberghs, K. Bennafla, Z. Chattou

Cette orientation de recherche ne se limite pas au travail de veille des phénomènes migratoires dans la région. Elle s’intéresse surtout à en mesurer les impacts sur les sociétés maghrébines, tant au niveau local, avec le Maroc comme lieu principal d’investigation, qu’au niveau régional ou transnational, dans l’espace Afrique de l’ouest / Sahara / Méditerranée / Europe de l’ouest où s’articulent ces phénomènes migratoires déployant leurs réseaux et assemblant de vastes territoires : il semble bien que le Maghreb soit entrain de devenir un centre de convergence et il est urgent d’en analyser les conséquences. C’est pourquoi le questionnement scientifique est aujourd’hui autant de savoir comment se déploient des mouvements migratoires vers et au Maghreb que de s’interroger sur les transformations qu’ils induisent sur les sociétés locales. Il amène également à réinterroger les outils conceptuels des études migratoires à l’aune de ce passage du Maghreb d’un espace d’émigration à un espace multifonctionnel : le Maroc, par exemple, est clairement en train de devenir un carrefour migratoire, c'est-à-dire un lieu de départ, passage, installation et retour où se croisent, et parfois se lient, différentes populations en mobilités, internes, régionales et transnationales.

Trois directions de recherches sont privilégiées :

Le Maroc, carrefour migratoire ? Les formes nouvelles de circulations migratoires vers et depuis le Maroc, et les nouveaux enjeux théoriques de leur identification, notamment la signification de l’émergence d’une installation plus durable de populations migrantes, imposent de se focaliser sur les espaces dans lesquels se croisent ces populations mobiles ou en quête de mobilité, afin de rendre intelligibles les liens problématiques entre mobilité et sédentarité, entre mouvement et territoire en illustrant les paradoxes entre les fonctions de départ, d’accueil et de transit qu'assurent parallèlement le Maroc : certains espaces urbains, notamment les quartiers des grandes villes, sont entrain de devenir des carrefours migratoires reliant intensément ces lieux à l’espace euro-africain (espace, dont la cohérence reste à décrire). Non seulement la problématique de l’intégration au Maroc se formule nécessairement de manière différente que dans les pays d’immigration européen, mais le fait que ces formes de circulations migratoires soient captées par les circulations euromaghrébines, pose la question de la contigüité territoriale et des conséquences sociales, politiques et culturelles qu’elle implique.

Le cosmopolitisme, ses expressions et ses contrariétés au Maroc. Depuis la construction de relation entre société locale et diasporas migrantes, en passant par les étapes urbaines, lieux de convergence de mouvements migratoires internes et transnationaux, et jusqu’aux phénomènes religieux eux-mêmes, bien peu des procès qui affectent le changement de la société marocaine peuvent donner l’illusion de naître dans l’entre soi identitaire d’une société nationale. Les recompositions sociales et culturelles y sont en interaction avec les diverses circulations vers et depuis le Maroc : il y a un enjeu identitaire des mobilités. Celui-ci se recompose autant autour des liens entre le Maroc et sa diaspora, qu’autour de l’installation de populations étrangères, européennes et subsahariennes. Mais plutôt que de figer l’analyse à l’observation des lieux d’expression ou de contrariétés du cosmopolitisme, il s’agira d’aborder les questions du racisme, de l’altérité, du métissage, de la définition de soi, du religieux et des droits cosmopolitiques d’un point de vue dynamique : à l’aune du « printemps arabe » et des reconfigurations sociopolitiques que cela implique au Maghreb, c’est une exigence que d’analyser ces processus à partir des mouvements sociaux de lutte contre les discriminations, de défense des étrangers et de la liberté de conscience qui sont en action depuis quelques années.

Migration et mondialisation : quelles articulations au Maroc ? Si nous savons aujourd’hui que les phénomènes migratoires participent du processus de mondialisation, non tant parce qu’ils seraient soumis à une sorte de modèle dominant de conformation et de norme, mais plutôt parce que ceux qui en sont les acteurs installent dans les sociétés où ils circulent, des formes économiques, sociales, politiques de transnationalisme, comment cela s’articule-t-il au Maroc ? En même temps que ce pays met en place des politiques de développement basées sur l’ouverture à la mondialisation économique, il semble bien que nous assistons à l’émergence d’une autre mondialisation produite par les migrants. De plus, ce pays, qui s’assure grâce à ses migrants des entrées substantielles de fond, a connu ces dix dernières années une activité législative, politique et diplomatique intense concernant la migration : la question du développement dans l’approche étatique de gestion des migrations a été l’une des priorités de l’agenda marocain. Il s’agira alors de s’interroger sur les réseaux diasporiques marocains et leurs effets retour sur le Maroc, mais en élargissant la réflexion sur les possibles articulations entre différents régimes de mobilités que l’ouverture à la mondialisation du Maroc accélère. L’observation empirique se focalisera alors sur les populations, les réseaux et les espaces s’assemblant en carrefour ; sur les espaces transfrontaliers ; sur les échanges informels ; et sur l’économie de la circulation et de la débrouille portée par des migrants marocains ou étranger au Maroc ou à partir du Maroc.

Programmation 2012

Sont programmés pour l’année à venir :

- des séminaires de recherche

- une journée d’étude dans le cadre de l’ANR Détroit sur le thème « Le phénomène migratoire : réflexions croisées entre l’histoire, l’archéologie et les sciences sociales à propos du détroit de Gibraltar »

- une rencontre sur le thème « La question migratoire dans les révolutions arabes »

- une rencontre sur le thème « Réseaux, marchands, réseaux entrepreneuriaux et circulation migratoire entre Sahel et Méditerranée »

Manifestations 2011

Colloques :

Février 2011 – Colloque : « Immigration, changement social et changement juridique au Maghreb. Pratiques et  transformations des cadres juridiques sous l’impact de l’immigration ». Ce colloque a abordé la question du droit des étrangers qui, dans les 5 pays du Maghreb, a connu une opération de création de droit sans précédent depuis les indépendances. Le colloque a fait le point des divers mutations qu’ont connues les cadres juridiques dans les différents pays, leurs significations et leurs incidences sur les migrants, les citoyens et l’action publique en général, en lien direct ou indirect avec l’immigration. Il s’est intéressé surtout aux dynamiques sociales qui les ont induites et à leur impact social, aux pratiques publiques et sociales qui se développent en conséquence sur le terrain y compris celles  qui les contestent ou les contournent.

Ce colloque a été coordonné par A. Bensaâd et organisé en partenariat avec la Bibliothèque nationale du royaume du Maroc (BNRM).

Juin 2011 – Colloque : « Méditerranée Sud, le retour du cosmopolitisme ? Mobilités, altérités et reconstructions identitaires sur la rive Sud de la Méditerranée ». Ce colloque a abordé Les questions de l’altérité, de la coexistence et du « vivre ensemble » qui se réinvitent dans les pays du Sud de la Méditerranée et qui s’y reformulent sous une perspective inédite dessinée par l’irruption de l’immigration dans des terres traditionnellement d’émigration. Il s’est interrogé comment ces questions stimulent et bousculent des reconstructions identitaires en œuvre où l’illusion d’un entre-soi identitaire national ou culturel est déjà largement fissurée par l’effet de processus de mondialisation qui traversent tous les secteurs de la vie de la région. Et s’est  surtout interrogé sur les modalités selon lesquelles, elles posent les prémices de l’émergence d’une perspective cosmopolite dans une région d’où elle a été évacuée.

Ce colloque a été coordonné par A. Bensaâd et organisé en partenariat avec le Conseil consultatif des Marocains de l’étranger (CCME) et la Bibliothèque nationale du royaume du Maroc (BNRM).

Les enjeux de l’eau au Sahara

Les enjeux de l'eau au Sahara, publication chez Karthala
Cet ouvrage aborde la question vitale de l’eau dans les espaces sahariens qui ont acquis récemment une importance économique et stratégique centrale et connu, de ce fait, un exceptionnel développement. Celui-ci implique une sollicitation tendue sur des ressources en eau caractérisées principalement par la médiocrité et la difficulté d’exploitation et, depuis peu, grâce à l’accès aux nappes profondes fossiles, par des abondances sectorielles, probablement éphémères et, en tout cas, mal maîtrisées. Dans une tension avec les impulsions volontaristes exogènes et les bouleversements de leurs cadres socio-spatiaux, les sociétés civiles sahariennes reconfigurent autant les systèmes hydro-agricoles hérités que ceux nouvellement greffés et interagissant ainsi, dessinent des territorialités autant contrastées que mouvante.

Le Maghreb dans la mondialisation

Publication d'un numéro spécial de la revue Méditerranée, n° 116 (1/2011) dirigé par Ali Bensaâd
Ce numéro se propose d'aborder la question de la mondialisation au Maghreb à partir des dynamiques socio-spatiales locales pour interroger leur rapport avec les dynamiques globales de l'échange et de la circulation et les modalités d'emboîtement entre elles et d'insertion des premières dans les secondes. Il se propose d'aborder la mondialisation moins comme un processus englobant que comme dynamiques de transformation des situations locales, des lieux où elles s'exercent et, par là, des espaces où elles s'inscrivent, les implications de ce processus sur la réorganisation des territoires au Maghreb et la recomposition des relations au sein desquelles lesdits territoires s'insèrent.