Responsable : Catherine Miller
Chercheurs associés aux activités : D. Caubet, K. Dirèche, E. Klaus, N. Helmy, B. Dupret, K. Ziamari, J. Vignet-Zunz
Depuis près d’une décennie le Maroc a connu des transformations importantes sur le plan culturel et linguistique, se traduisant entre autres par la reconnaissance institutionnelle de la langue amazigh, par le développement d’une nouvelle scène artistique urbaine, par l’émergence de nouveaux médias permettant de nouveaux moyens d’expression, bref par un certain « bouillonnement » culturel et médiatique qui traduit les évolutions sociales et politiques en court mais qui également participe parfois à leurs impulsions, ou du moins à leurs médiatisation et circulation.
Les recherches de cet observatoire s’organisent en trois axes :
Sociolinguistique : cet axe concerne la présence des langues parlées ou écrites dans l’espace public marocain (dârija, tamazight, arabe classique-standard, français, espagnol, anglais, mixte de langue, etc.). On s’intéresse aux dynamiques politiques, sociales et économiques qui modifient les usages et les représentations langagières dans les médias, les productions artistiques, la communication politique, la publicité, la cognition religieuse, etc. Cet axe prend également en compte les démarches plus descriptives de l’évolution des parlers marocains dans leur environnement rural ou urbain.
Anthropologie culturelle urbaine : au Maroc, comme ailleurs, les villes sont le cadre de productions et pratiques culturelles et artistiques (musique, cinéma, théâtre, presse, mode, arts dits « urbains ») qui participent à l’image de la ville, voire à la représentation de la nation. Entre patrimonialisation et ouverture sur une modernité globalisée, les scènes artistiques traduisent les évolutions sociétales en cours et les aspirations des uns et des autres et s’articulent sur des réseaux plus vastes. Les pratiques artistiques, les processus de patrimonialisation, les réseaux d’acteurs et les nouvelles manières d’habiter ou d’occuper la ville participent de ces pratiques culturelles urbaines.
Médias et cinéma : l’image, le cinéma et les (nouveaux) médias de communication sont des vecteurs de transformations, mais ils portent également en eux une lecture de la société marocaine. C’est toute la réflexion des sciences sociales sur ces matériaux d’analyse doublée d’un traitement pragmatique et praxéologique des productions médiatiques liées à des questions politiques dans le contexte marocain et, plus généralement, dans le monde musulman.
Programmation 2012
Sont programmés pour l’année à venir :
- Rencontres des membres de l’Action AUF D’une Rive à l’autre de la Méditérranée : Approches comparées des parlers jeunes en milieu urbains. Grenoble, 28-30 mars 2012
- Histoire du documentaire maghrébin depuis les indépendances, Colloque organisé par le Centre Jacques Berque, Octobre 2012 (Karima Dirèche, Enrique Klaus)
- Séances de l’atelier Doctorants et du séminaire Jeunesse partisane
- Journée d’étude sur la communication sur le réseau Twitter
- Journée d’étude sur la politique des langues
La région du Nord-Ouest marocain : parlers et pratiques sociales, culturelles et environnementales
Ce programme fait suite au colloque « Langue et Identité chez les Jbala–Ghmara », organisé les 4-6 mai 2011 à Chefchaouen par le MAGREC et le Groupe Jbala de Recherche et Développement qui a pointé la nécessité d’une étude sur les parlers de la région du Nord-Ouest marocain. Les parlers de cette région connus sous le terme de « parlers Jbala » restent très peu décrits alors qu’ils sont d’un grand intérêt pour mieux comprendre l’histoire et la culture de cette région, terre de contact entre groupes arabophones et amazighophones. La dénomination actuelle ne fait pas consensus et l’histoire linguistique de plusieurs groupes « Jbala » nécessite d’être approfondie. Souvent dénigrés ou marginalisés, les parlers jbâla sont l’expression d’une culture montagnarde très riche dont il convient d’étudier l’évolution des modes de vie, la relation de l’individu à son environnement, les techniques artisanales et agricoles, l’habitation, les costumes, le rôle de la femme, etc. A l’aide d’enquêtes de terrain détaillées, ce programme entent aboutir à un Atlas linguistique des parlers arabes du Nord-Ouest marocain. Il permettra de participer à la préservation et la promotion de la culture de la région. Une première rencontre s’est tenue en marge du colloque international « La situation des langues au Maroc. Description linguistique et constitution de lexiques », organisé par la Faculté des Sciences Humaines Dhar El Mehraz de Fès, les 14-16 novembre 2011 à Fès-Taza. L’équipe est constituée de A. Allati (Tétouan), M. Ater (Tétouan), M. Benabbou (Oujda), F. Brigui (Fès), D. Caubet (Paris INALCO/Rabat CJB), J. Vignet-Zunz (Rabat), A. Vicente (Zaragoza, Espagne). D’autres enseignants-chercheurs de Cadiz, Leiden, Fès et de Taza, ainsi que des étudiants de master et de doctorat, se sont associés au projet.
Parlers arabes et pratiques culturelles et environnementales du Nord-Ouest marocain, Colloque (CJB-Université Dar Mehrez, Fès, Université Mohamed I d’Oujda, Université de Tétouan, Université de Saragosse), 11-13 Octobre 2012, Tétouan
Ce colloque présentera les travaux de terrain effectués dans le cadre du programme, La région du Nord-Ouest marocain : parlers et pratiques sociales, culturelles et environnementales, qui regroupe dans une perspectives pluridisciplinaire des Universitaires marocains, français, espagnols et néerlandais et leurs étudiants-chercheurs.
Des journées de formation des enquêteurs sont organisées les 17-18 avril 2012 à Fès.
Manifestations 2011
Un séminaire interdisciplinaire sur le thème des « Pratiques urbaines » a été organisé avec le Centre d’études doctorales, Hommes et espaces méditerranéens (Faculté de Lettres et des Sciences Humaines de Rabat). Ce séminaire regroupe des chercheurs débutants et confirmés, venant de différents horizons : sociologues, anthropologues, géographes, sociolinguistes, architectes, urbanistes, philosophes, juristes, spécialistes des Cultural studies, et militants associatifs s’interrogeant sur les pratiques urbaines. L’objectif du séminaire a été en 2011, de créer un espace de travail et de réflexion au sujet de la culture urbaine, non limitée au sens ethnologique étroit de production de la culture par l’espace.
9 mars : ouverture14 avril 2011 « Le supporterisme en football » par Abderrahim Bourkia
25 mai 2011 « La médina de Rabat, organisation, patrimoine et sanctuaires », par Issam Bouassria
6 octobre : « Problématique du logement social au Maroc, Etude de cas dans les quartiers populaires de Casablanca », par Carole Viché-Lajjam
De nombreuses séances du séminaire de recherche ont porté sur les questions de culture et de langage :
4 janvier : « Pratiques linguistiqueset discursives dans les médias marocains» par Catherine Miller18 janvier : « Ethnomusicologie et religiosité populaire du Maroc profond : 30 années d’enquête de terrain », par Abdelkader Mana
1er mars : « La nayda (movida à la marocaine), ancrage d’un mouvement socioculturel dans la ville de Casablanca » par Dominique Caubet
21 juin : « La nouvelle donne amazigh au Maroc» par Michael Peyron
4 octobre : « Nouveaux médias et mouvements politiques en Egypte », par Enrique Klaus
Deux séances de l’atelier Doctorants ont porté sur les questions de culture et de langage :
23 juin : L’amazighité au Maroc, avec Jacopo Granci, « Le mouvement amazigh au Maroc, d’une revendication culturelle vers une revendication sociale et politique (1991-2008 ») et Lhoussaine El Gholb, « La linguistique de l'Amazigh : analyse morphosyntaxique de la forme passive ».14 décembre : Médias et société dans le monde maghrébin et arabe, avec Enrique Klaus, « Etudes des scandales dans les médias égyptiens : méthode d'approche » et Hasna Hussein, « Les femmes de télévisions satellitaires arabes : Visibilité diverse et nouveaux rôles dans des sociétés en transformation »
Quatre journées d’étude et colloques se sont tenus dans le cadre de cette même orientation de recherche :
Penser, dire et vivre la pluralité culturelle et linguistique au Maroc : position(s), rôle(s) et impact des revues marocaines (1960 - 1980), colloque, 16-17 mai 2011
La reconnaissance de la pluralité culturelle et sociale du Maroc, qu’elle soit définie en terme de coexistence, de diversité, de multiplicité ou d’hybridité n’est pas nouvelle (même si elle n’a jamais été une donnée admise par tous), mais elle a été appréhendée de façon différente en fonction des époques et des modèles idéologiques dominants. Les débats sur les composantes historiques, sociales et culturelles du Maroc et, donc, sur la conception de la nation marocaine ont été particulièrement relayés dans les années 60-80 par un certain nombre de revues littéraires, culturelles (Souffles, al-Thaqâfa al-Jadîda), artistiques (Intégral) et généralistes (Lamalif, El Asass) marocaines considérées comme emblématiques de leur époque. Ces revues ont regroupé des intellectuels, des journalistes, des critiques d’art, des écrivains, des artistes qui s’interrogeaient sur ce qu’on appelait à l’époque « la culture nationale marocaine ». Il en a été de même pour le problème de la langue/des langues. En témoignent les vifs débats autour de la langue de l’enseignement, de sa généralisation, de son unification ainsi que de nombreux numéros de revues de l’époque consacrés à cette question. Cette conférence a regroupé des acteurs et témoins des revues concernés pour analyser le rôle potentiel de ces revues, et leur audience. Pour plus de détails cliquez sur le lien
Discourse, Media and Politics : journées d’étude, 20-21 mai 2011
Ces journées d’étude donnent l’occasion à des chercheurs travaillant sur le discours politique d’aborder la question des médias et de la politique à partir d’une perspective praxéologique et pragmatique. Celle-ci se base sur l’idée que les actions sont logiquement organisées, c'est-à-dire que cette organisation est intelligible pour les participants, et que cette intelligibilité, à la fois rétrospective et prospective, est le seul agent causal possible en interaction, ce qui revient à dire que les personnes se comportent réflexivement, selon un état de fait dynamique dont les caractéristiques sont mutuellement manifestes. Ainsi, pour la praxéologie, il n’y a aucune extériorité à l’action, de la même façon qu’il n’y a aucune extériorité au langage. Cela implique que, sur des sujets controversés, dans lesquels abonde la sociologie du pouvoir et de la fausse conscience, les études pragmatiques et praxéologiques s’intéressent exclusivement à la compréhension de la manière dont les choses s’accomplissent , c'est-à-dire le « comment-cela-s’est-produit ». Cet atelier de deux jours se focalisera sur le traitement pragmatique et praxéologique des productions médiatiques liées à des problèmes politiques dans le contexte de communautés musulmanes (Baudouin Dupret, Enrique Klaus, Jef Verschueren, Lena Jayyusi, Jan Ziekowski, Sigurd D’hondt). Pour plus de détails cliquez sur le lien
Atelier Parlers jeunes au Maroc, 28-29 Juin 2011 , Fondation AbdelAziz Seoud
Ces deux journées d’atelier ont regroupé les participants de l’Action en réseau AUF travaillant sur les terrains marocains. Les deux journées ont été consacrées à la présentation des données orales et transcrites, ainsi qu’à la comparaison entre les différentes ville (Participants : Z. Agadid, D. Caubet, P. Garcia, C. Miller, A. Vicente, K. Ziamari).
Evolution des pratiques linguistiques au Maroc, colloque, 27-28 octobre 2011
Dans une perspective résolument sociolinguistique (et non de linguistique formelle), cette conférence se propose de faire un premier état des lieux de cette question. Quel est le rôle, la place, les pratiques de l’arabe marocain comme langue de communication, de culture et éventuellement d’éducation. Quel impact ce développement fonctionnel a-t-il sur les pratiques linguistiques et sur les représentations des locuteurs ? Est-ce que ce développement induit une plus grande pratique du mélange linguistique ou au contraire une tendance à la démarcation? Le développement de l’amazigh et de l’arabe marocain ont-ils modifié en profondeur le statut et la représentation du français et du MSA ? Une question qui reste singulièrement peu étudiée est celle de l’impact et des interactions entre développement de l’amazigh et développement de l’arabe marocain. Quelles similarités ? Quelles différences ? Quels problèmes communs? L’expérience institutionnelle de l’Amazigh peut-elle ou pas servir (comme modèle ou contre modèle) au développement de l’arabe marocain? Youssef Tamer (Université Ibn Zohr, Agadir) ; Montserrat Benitez-Fernandez (Université de Zaragoza, Espagne) ; Catherine Miller (Centre Jacques Berque, Rabat) ; Jan-Jaap de Ruiter (Université de Tilburg, Pays-Bas).
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Enfin, le professeur Antoine Compagnon, du Collège de France, a donné une conférence à la Bibliothèque nationale sur le thème « A quoi sert la littérature ? », le 14 juin 2011.
Publications
Cet ouvrage en cours d’édition (Elsa Coslado, Justin MacGuiness, Anne-Claire Kurzac-Soualli, Ouiddad Tebba et Catherine Miller, éditeurs) est la suite d'une conférence de deux jours qui s'est tenue en 2009. La transformation rapide des médinas marocaines de plus en plus investies par des européens qui achètent et rénovent des demeures anciennes est l’un des phénomènes marquants de ce début du XXIe siècle. Ces bouleversements ne vont pas sans engendrer des tensions et des conflits entre les protagonistes. Les auteurs de cette publication travaillent depuis plusieurs années sur ce phénomène, en apportant données quantitatives et qualitatives. Loin des clichés et des stéréotypes, ils étudient les impacts socio-économiques de ce phénomène au niveau local et international. Ils examinent également les processus culturels et médiatiques qui jouent un rôle clé dans les représentations des différents acteurs urbains aussi bien marocains qu’étrangers.
Patrimoines en situation. Constructions et usages en différents contextes urbains
Raffaele Cattedra, Pascal Garret, Catherine Miller et Mercedes Volait, éditeurs, collections électroniques de l’IFPO, 2010, ISSN électronique 2078-3493 ; accessible sur http://ifpo.revues.org/864. Couvrant le Maghreb et le Moyen Orient, l’ouvrage resitue l’état du débat sur le patrimoine dans les années 1990. L'attention accordée au legs architectural du passé et à la matérialité des objets s’est progressivement déplacée sur les processus de patrimonialisation et sur les constructions culturelles, historiques, politiques, sociales et juridiques qui produisent ces processus. Les auteurs se sont tous retrouvés au milieu des années 1990, autour d’un programme animé par le Centre Jacques Berque de Rabat.
