Islam marocain et religions du Maghreb
Responsable : Cédric Baylocq

Chercheurs associés aux activités : K. Dirèche, A. Hlaoua, J.N. Ferrié, S. Radi, B. Dupret

Quoique les affaires religieuses marocaines soient gouvernées par le principe d’un roi Commandeur des croyants (amir al-mu’minin) et officiellement régies par l’école malékite, le pays est, comme ses voisins du Maghreb, traversé par différents courants islamiques. La morphologie du paysage religieux marocain n’est pas immuable et se modifie, de manière plus ou moins profonde, à la faveur de phénomènes transnationaux tels que la mondialisation et la sécularisation, ou locaux et régionaux, comme les boulversements civiques et politiques à la suite du désormais célèbre « Printemps arabe » de 2011. Plus précisément, les événements de 2011, bien qu’ils n’aient touché le Maroc que de manière modérée, ont favorisé la montée en puissance d’un acteur considéré comme « islamiste » : le Parti Justice et Développement (al-‘adl wa-l-tanmiyya). Son secrétaire général Abdelillah Benkirane a été désigné Premier ministre par le roi, à la suite du succès de son parti lors des élections législatives anticipées de novembre 2011. L’avènement de ce parti au cœur des affaires marocaines repose la question des liens entre le politique et le religieux. Du coté non institutionnel, d’autres acteurs composent le paysage religieux, en prenant en charge de nombreux aspects de la vie sociale et religieuse marocaine au quotidien. Au-delà, une religiosité enchâssée dans les pratiques quotidiennes, infuse toute une partie de la société marocaine, en dehors des partis politico-religieux ou des courants religieux (soufisme, wahhabisme…). Enfin, on observe le développement de nouvelles lectures de la Tradition islamique, qu’elles soient le fait de théologiens contemporains ou d’individus issus d’autres disciplines. Mais la question du fait religieux au Maroc et dans tout le Maghreb ne se limite pas à l’islam : il faut y ajouter la trajectoire ancienne du judaïsme et celle, récente, de l’évangelisme…

Trois directions de recherche sont privilégiées :

L’islam comme fait politique : Après les révoltes tunisiennes et marocaines et les élections anticipées qui s’en sont suivis des partis considérés comme « islamistes » sont arrivés à la gestion des affaires. Quelle en est leur expérience concrète ? Quelles sont leurs conceptions de la place de l’islam dans le nouvel espace public et politique maghrébin ? Surtout, quelle forme prend désormais la cohabitation en les forces « sécularistes » à l’origine des mouvements de révolte et les « islamistes » au pouvoir : tensions, conflits, ou modus vivendi ?

L’islam au quotidien : Dans une veine plus ethnographique et ethométhodologique, il s’agira de documenter les multiples modes d’appropriation de la religiosité au quotidien des citoyens marocains. Pratiques cultuelles concrètes (prière, ramadan, vie des mosquées…) fêtes et rassemblements religieux (particulièrement le soufisme), croyances populaires en lien avec le surnaturel et le religieux (maladies…) pourront être scrutées sur le terrain de leur déploiement interactionnel au quotidien…

L’altérité confessionnelle et convictionnelle : Enfin, quid de l’Autre non-musulman dans le contexte maghrébin ? Les communautés diasporiques juives – religion très anciennement implantée au Maghreb – se réapproprie leur mémoire, jusqu’à procéder à des pélerinages, invitant par là même le Maroc et ses voisins à réinsérer la mémoire juive dans leur propre histoire nationale. Par ailleurs, le protestantisme devient un acteur des légères inflexions de la cartographie religieuse dans certains endroits du Maroc et de l’Algérie. Mais l’enjeu majeur n’est-il pas pour ces sociétés la reconnaissance (ou pas) d’une frange de plus en plus visible et audible de citoyens athées ou agnostiques ? L’islam majoritaire peut-il s’accomoder de ce pluralisme dans une époque marquée par la globalisation des courants d’idées et la demande de « liberté de conscience » ? Une étude de ces phénomènes et de leur réception peut en retour nous en apprendre beaucoup sur la nature de l’islam maghrébin lui-même…