Le redéploiement de la recherche au Centre Jacques-Berque
Du point de vue scientifique, le CJB organise désormais ses activités autour de cinq axes prioritaires, qui se déclinent en observatoires : l’Observatoire des dynamiques politiques et juridiques ; l’Observatoire des circulations migratoires et des espaces transfrontaliers ; l’Observatoire des faits culturels et des pratiques du langage ; l’Observatoire de l’islam marocain et des religions du Maghreb ; l’Observatoire de la Mauritanie contemporaine. L’ensemble de ses activités et publications vont être présentées sur un site web totalement recomposé et une lettre d’information sera diffusée périodiquement pour annoncer toutes les nouveautés de la programmation. Voici une présentation succincte des thématiques servant de base à la programmation des observatoires.
Les pays du Maghreb subissent des évolutions profondes en synchronie avec les dynamiques transnationales, européennes et méditerranéennes. Ces dynamiques concernent de nombreux secteurs de la vie sociale ; toutefois, celles liées au politique et juridique apparaissent plus déterminantes, car elles se rapportent directement à l’institutionnalisation d’un ordre politique dont la stabilité n’a cessé d’être discutée à l’extérieur en même temps qu’elle était diversement mise en cause à l’intérieur. Alors que les régimes maghrébins ont accédé à l’indépendance en promouvant des programmes démocratiques, ils ont rapidement connu des évolutions illibérales mettant à mal le consensus positif recherché par les gouvernants. Ceux-ci se sont alors habitués à ne disposer que d’un consensus négatif, fondé sur l’anticipation par les citoyens de la difficulté sinon de l’impossibilité de remettre en cause l’ordre politique. Toutefois, cette posture n’est pas satisfaisante. Tout d’abord parce que le mécontentement passif des citoyens est une source d’incertitude sur la stabilité politique. Ensuite, parce que la puissante standardisation internationale des modes de gouvernance rend difficile aux dirigeants maghrébins de faire cavalier seul tant vis-à-vis des citoyens que de leurs partenaires internationaux. Il en découle une prise en compte différenciée de la population : certains gouvernants sont amenés à rompre le pacte implicite du consensus négatif en revenant sur les acquis sociaux qui le fondaient (les politiques de libéralisation économiques en sont un exemple) ; d’autres tentent, à l’inverse, de susciter un consensus positif en développant le welfarisme. Le succès ou non de ces transformations conditionne la stabilité à encore plus long terme des régimes en place et l’évolution des partenariats régionaux, notamment avec l’Union européenne.
Fait sociétal majeur marquant fortement les structures démographiques et économiques des pays du Maghreb depuis le début du 20ème siècle, les migrations ont un impact économique et des prolongements politiques internes et externes qui pèsent de façon déterminante sur le devenir de ces pays. Leur prégnance et leur poids ne cesse de s’accroître, alors que leur nature se complexifie. Ainsi, depuis les indépendances, et particulièrement dans les deux dernières décennies, le nombre des émigrés maghrébins a décuplé, à l’image du Maroc. Les migrations ont, en outre, pris une forme quasi-diasporique, se dispersant sur toute l’Europe et aussi vers les pays pétroliers et l’Amérique du Nord, qui en captent les plus qualifiés. S’ajoute à tout ceci le fait nouveau de l’immigration. Le Maghreb devient ainsi un espace migratoire multifonctionnel qui démultiplie et renouvelle les modalités de sa mise en connexion avec le monde et s’en trouve, en retour, bouleversé dans ses fondements socio-spatiaux. Les migrations sont ainsi le mode principal d’intégration des pays du Maghreb dans la mondialisation et, en retour, un des facteurs principaux du changement social dans ces pays. Hier encore considérées avec beaucoup de suspicion, les diasporas maghrébines sont devenues le centre de politiques de sollicitude visant à en capter les ressources, les compétences et la capacité à servir de caution politique. Des échanges transfrontaliers informels intenses se déploient par ailleurs entre pays maghrébins et, surtout, entre ces derniers et les pays sahéliens animant des filières, des routes commerciales et des places marchandes. Ils démentent l’insignifiance statistique des échanges officiels et transcendent les situations de conflit qui parcourent toute la zone de contact Maghreb/Sahel. Ils dessinent un monde interstitiel préfigurant les possibilités de dépassement des conflits et des cloisonnements politiques nationaux.
