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Des jeunes “sans” Quelles opinions et quels engagements politiques de jeunes ni en étude, ni en emploi au Maroc?

jeudi 17 juin - 17 h 00 min - 19 h 00 min

Intervenant(s) : David Goeury est géographe. Il est membre du laboratoire « Médiations. Sciences des lieux, sciences des liens » de Sorbonne Université dont il anime « l’axe identifications et sociabilités ». Il est aussi membre de l’initiative Tafra sur l’analyse des processus électoraux au Maroc et de l’ERC Tarica sur la circulation des modèles politiques et économiques en Afrique du Nord. Par ailleurs, ces travaux interrogent les dynamiques collectives, en privilégiant une analyse géographique des parties prenantes notamment sur la question des communs fonciers. Dernièrement, il a dirigé une enquête qualitative sur les jeunes NEET (ni en étude, ni emploi) au Maroc pour le compte de l’ONDH et de l’UNICEF.

Date : jeudi 17 juin - 17h00 - 19h00

Responsable(s) : Ghally Rhannou, doctorant en études politiques (EHESS, CJB), ghally.rhannou@gmail.com Olivier Deau, doctorant en science politique (Paris 1 Panthéon Sorbonne, CJB, ERC TARICA), olivier.deau@gmail.com David Goeury, docteur en géographie (Sorbonne Université, CJB), david.goeury@gmail.com

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« Au Maroc, les jeunes sont comme du bétail : tu es logé, tu es nourri mais dès que tu bouges on te tape dessus ». Entretien à Sidi Ifni, en 2019.

Nous souhaitons interroger les opinions et les engagements des jeunes marocains qui sont à l’écart des grandes organisations collectives de socialisation politique (structures d’enseignement supérieur et activités productives). Ces jeunes ni en étude ni en emploi ont été largement étudiés dans le cadre de l’analyse des jeunes protestataires impliqués dans des grandes mobilisations revendiquant un accès à l’emploi réglementaire de qualité. Diplômés chômeurs, jeunes du 20 février, jeunes des Hirak d’Al Hoceïma et de Jerada ont nourri d’importantes analyses sur la relation entre jeunes et engagements politiques. Cependant, en dehors de ces moments clés, ces jeunes sont souvent peu écoutés et surtout perçus par le truchement de la statistique comme une menace pour la stabilité politique du pays du fait de l’assignation des discours protestataires à l’ensemble des jeunes. Or ce biais amène à une méconnaissance de ces jeunes en transposant les discours masculins et urbains les plus radicaux sur des jeunesses marocaines très diverses. Cela se traduit notamment par la mise en invisibilité des jeunes marocaines rurales qui sont pourtant celles qui sont les plus exclues des études supérieures et de l’accès à l’emploi réglementaire.

Ici, nous souhaitons nous appuyer sur des entretiens menés avec des jeunes marocains et des jeunes marocaines en dehors des moments de mobilisation mais aussi en donnant la parole à des profils différents, afin de proposer une gradation dans la relation entre ces jeunes marocains et le politique compris dans le sens le plus large possible.

Dans un premier temps, nous souhaitons discuter la question de l’engagement militant partisan qui apparaît très clairement comme une forme exceptionnelle de l’engagement politique. Il ne concerne qu’une toute petite minorité des jeunes marocains et surtout des jeunes marocaines. Par ailleurs, il apparaît comme temporaire car nourrissant des situations de retournement. Il reste finalement l’apanage d’une toute petite minorité de jeunes que nous pouvons qualifier d’exception, même si ce sont les plus visibles, qui sont les plus insérés socialement et peuvent alors se construire une carrière militante.

Dans un second temps, nous interrogerons les attentes de l’écrasante majorité des jeunes qui affichent un rejet de la politique partisane instituée. Ces jeunes définissent d’autres formes d’engagement autour de causes particulières. Ils interrogent les conditions d’injustice au quotidien et surtout la possibilité d’agir concrètement comme exercice de la citoyenneté autour d’actions qui viennent souligner les dysfonctionnements des politiques publiques. Dans ce contexte, le rapport au politique de ces jeunes relève alors de la possibilité d’une forme de vie digne. Il rejoint un désir croissant de développement d’activités entrepreneuriales inscrites dans des logiques de proximité qui viennent attester de la fin des rêves d’ascension sociale par le salariat, tant les perspectives d’emploi salarié sont faibles et peu attractives. Il apparaît alors un désir de citoyenneté localisée ancré dans une certaine prise au monde. Or, cet engagement apparaît comme escamoté par les modalités mêmes de l’organisation du champ politique dont les structures sont qualifiées par ces jeunes de prédatrices. Partis, figures de notabilité, élus démultiplient les tentatives de captation de ces actions au quotidien soit dans les réseaux de mobilisation électorale, soit dans les jeux de négociation entre élus et autorités administratives.

Enfin dans un troisième temps, nous soumettons au débat la relation entre cette impossibilité de l’agir politique avec un mal être beaucoup plus profond. En effet, l’absence de possibilité de réalisation de soi est décrite par ces jeunes comme une situation de profond désespoir, « d’un avenir noir », d’une absence de futur désirable, d’autant plus forte que ces jeunes sont connectés à d’autres réalités via les réseaux sociaux. Par conséquent, il semble nécessaire de réinterroger la relation entre la politique au quotidien et les comportements suicidaires de plus en plus fréquents. Acte tabou et considéré comme marginal, il incarne alors le pendant des soulèvements collectifs, pour la revendication d’une forme de vie digne.

Modérateur :  Modérateur : Olivier Deau, Doctorant, Science Politique (Paris 1 Panthéon Sorbonne, CJB, ERC TARICA)

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