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Stress écologiques, réponses adaptatives, innovations, trajectoires sociales et culturelles : une synthèse sur les premiers éleveurs de la Corne de l’Afrique

Séminaires croisés INSAP / CJB

mercredi 4 décembre - 17 h 00 min - 19 h 00 min

Intervenant(s) : Jessie Cauliez est docteur de l’Université Aix-Marseille I, archéologue, préhistorienne, néolithicienne, chargée de recherches au CNRS au laboratoire TRACES de Toulouse en France. Ici elle codirige l’équipe PRBM, Préhistoire Récente du Bassin Méditerranéen. Jessie Cauliez analyse les trajectoires historiques, adaptatives, évolutives des sociétés de l’Holocène et plus particulièrement des premières sociétés agro-pastorales. Elle travaille à la restitution de scenarii sur leur autonomie, intégration, réciprocité, métissage, innovation, conservatisme, assimilation, acculturation, déculturation. Ses travaux portent sur la Méditerranée nord occidentale, la Corne de l’Afrique et l’Afrique australe où elle dirige actuellement plusieurs programmes de recherche. La nécessité de construire des référentiels interprétatifs en anthropologie sociale l’a conduite également à développer des travaux ethnographiques en Éthiopie, auprès de plusieurs groupes ethnolinguistiques. Ainsi, elle cherche à mieux comprendre les liens unissant traditions techniques et groupes socio-culturels d’une part et les mécanismes en jeu derrière les processus d’innovation (emprunt/non-emprunt) et de diffusion de la culture matérielle d’autre part. Comment les individus construisent leur identité, maintiennent et font évoluer des frontières sociales ? 

Lieu : CJB - Rabat,

Date : mercredi 4 décembre - 17h00 - 19h00

Catégorie :

Descriptif : Les conditions environnementales (alternances extrêmes de phases arides et humides au cours des 20 derniers millénaires) qu’a connues le continent africain ont très certainement constitué des contraintes considérables sur l’émergence des premières sociétés de production (agriculteurs-éleveurs). Les pressions exercées par le milieu ont pu dicter leur répartition dans l’espace jusqu’à les borner à différents foyers séparés par des hauts plateaux ou des plaines désertiques. C’est ainsi qu’un décalage chronologique important existe entre les premières manifestations de l’élevage dans la vallée du Nil au Sud de l’Égypte ou les plaines du Soudan dans la région de Khartoum (entre le 7èmeet le 5ème millénaires BCE) et les plus anciens témoins dans la Corne de l’Afrique (au 4èmemillénaire BCE). Au cœur même de la Corne, des zones de retard ou au contraire de pénétrations précoces des pratiques agro-pastorales sont également identifiées en Éthiopie, République de Djibouti, Somaliland. A cela s’ajoutent des expériences multiples dans la mise en place de l’économie de production : pratique secondaire de l’élevage chez des sociétés à forte mobilité dont l’économie est orientée vers la pêche ou pastoralisme et fixation de groupes acéramiques… Ces évolutions arythmiques et la pluralité des scénarios dans l’émergence des premières sociétés productrices sont sans nul doute à corréler avec la mosaïque des écosystèmes qui caractérise la région, entre les hauts plateaux éthiopiens et les milieux lacustres et littoraux djiboutiens.

Notre présentation a pour but de présenter notre programme de recherche du Ministère français de l’Europe et des Affaires Étrangères dont l’échelle d’analyse est celle d’un bassin lacustre, parmi les foyers de l’émergence de l’élevage dans la Corne où nous disposons aujourd’hui d’une documentation solide après plus de trente années de recherche archéologique et près de cent sites étudiés. Il s’agit du bassin sédimentaire du Gobaad dans le sud-ouest de la république de Djibouti, au cœur du triangle Afar, à la triple jonction des plaques tectoniques nubienne, arabique et somalienne. La jointure entre ces trois Rifts se trouve au lac Abhé. Les transgressions et régressions que ce lac a connues ont inévitablement joué un rôle déterminant sur les modes de vies des populations humaines, leur démographie, leurs adaptations, leurs mouvements, la délimitation et l’évolution de leur bassin de vie et l’émergence d’innovation technique. Mais l’importance que l’on accorde à ce prisme écologique en tant que moteur principal des changements économiques et sociaux dans cette région et pour cette période au moment où l’élevage se met en place ne préjuge pas que d’autres formes de transformations dans les structures de société aient pu intervenir sans lien aucun avec le climat. D’autres réflexions seront donc aussi proposées : en termes d’identité et de segmentation culturelle d’une part et d’organisation, de complexification et de compétition sociales d’autre part.

En .pdf Affiche J. Cauliez

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