Faits religieux

Loin d’être isolés, les faits religieux sont envisagés en lien avec le politique, le social, l’économique. L’histoire, la philosophie et la philologie sont mis en dialogue avec l’ethnologie, l’anthropologie, la sociologie ou la science politique, dans l’objectif de (ré)concilier l’islamologie classique et l’étude des doctrines avec les approches et les débats théoriques les plus actuels en sciences sociales du religieux. L’objectif est de les conjuguer de manière féconde. L’ambition de contribuer ainsi au renouvellement du champ prend tout son sens sur les terrains marocains et mauritaniens, riches de matériaux religieux. Si « l’objet islam » donne lieu à une réflexion particulière, les autres religions, même minoritaires, ne sont pas oubliées et les perspectives comparatives sont encouragées.

Deux projets collectifs s’inscrivent dans cet axe.

Le premier est un programme de recherches sur l’enseignement de l’islam au Maroc (19e-21e siècles), financé par l’ANR pour trois ans à compter de mars 2017. 

Le second consiste à constituer un observatoire des rituels réunissant des chercheurs et des étudiants de différentes institutions, sur les territoires marocain et mauritanien, afin de collecter et de documenter tout ce qui se rapporte à cette thématique.

L’axe Faits religieux est en lien avec le programme « Manuscrits », répertorié dans l’axe Histoire et mémoire, puisque bon nombre des manuscrits et des documents qui en font l’objet concernent les sciences religieuses ou bien des acteurs, des institutions du champ religieux.

L’enseignement de l’islam au Maroc (19e-21e siècles)

La transmission du savoir (‘ilm) en islam est un élément majeur pour la compréhension de cette religion. Son étude nous révèle comment la tradition se construit, comment les normes s’élaborent et comment une orthodoxie prend place au fil des générations de savants. Elle nous renseigne sur les modalités d’inscription du religieux dans la société, sur son lien avec l’économie et sur son rapport au politique. L’approche comparative révèle des orthodoxies concurrentes rivalisant pour la gestion des biens de salut. Les relations internationales ne sont pas absentes : depuis la période médiévale et les pérégrinations des clercs dans leur quête du savoir (talab al-‘ilm) jusqu’au transnationalisme actuel, la transmission du savoir islamique s’ancre profondément dans le local, qu’il soit rural ou urbain, tout en se projetant dans une communauté des croyants (umma) aujourd’hui globalisée. L’objectif de ce projet est d’explorer l’histoire de l’enseignement de l’islam dans le Maroc contemporain, au regard de ses suds et dans une perspective comparative ; cela ne peut se faire sans revoir l’histoire des grandes madrasas de la région sur la longue durée. Le projet, qui a fait l’objet d’une demande de financement auprès de l’ANR, regroupe une vingtaine de chercheurs dans différentes disciplines.

Le projet questionnera d’abord le savoir religieux lui-même pour déterminer comment s’articulent toutes ses formes, entre enseignement soufi, sciences religieuses islamiques, sciences humaines « annexes », savoir encyclopédique, etc. Les modalités de la transmission de ce savoir constituent la seconde thématique : des enquêtes seront menées dans différentes régions sur les écoles traditionnelles (madrasa ‘atîqa, mhadara) comme sur les grands centres de savoir, puis les universités modernes, mais aussi des confréries soufies, des associations ou mouvements religieux. La troisième thématique s’articulera autour de la sécularisation du savoir et de son enseignement qui, au Maroc, commença sous le protectorat, impulsée par l’État colonial mais aussi par les nationalistes marocains, et se poursuivit après 1956. L’État indépendant échafauda un dispositif organisant l’enseignement religieux, au fil de ses besoins, qui s’intègre dans ses politiques publiques comme dans le soft power vers l’étranger. La quatrième thématique envisage l’État marocain comme un producteur et un exportateur de savoir, mais aussi comme le récepteur d’un savoir importé.

L’observatoire des rituels

Qu’ils s’inscrivent dans les normes de l’islam ou qu’ils soient anté-islamiques, exclusifs, syncrétiques ou partagés, ruraux ou bien urbains, locaux ou globalisés, individuels ou collectifs, périodiques ou occasionnels, les rituels quadrillent le temps et l’espace, marquent les gens, les groupes sociaux et les territoires, (re)définissent les liens, se transmettent et se transforment.

Objets d’une littérature scientifique foisonnante qui rend compte de terrains et d‘analyses théoriques variés, les rituels sont matière à discussion, notamment au Maroc où ils sont étudiés depuis des générations d’observateurs et de chercheurs.

L’objectif est de regrouper des observations sur différentes parties du Maroc et de la Mauritanie afin de documenter des rituels qui « se perdent » comme des traditions inventées ou des rituels qui se créent. Ceux-ci peuvent relever du religieux, du politique, d’une conjugaison de ces deux champs ou de phénomènes plus larges émergeant des sociétés contemporaines. L’approche anthropologique s’impose, mais l’on fait aussi appel à d’autres disciplines des sciences sociales, dans une perspective d’échanges scientifiques. Différentes formes de restitution des travaux sont envisagées, qu’elles soient individuelles ou collectives : séminaires, productions écrites, ateliers d’écriture, photographies, films, etc.