Par Catherine THERRIEN, anthropologue, post-doctorante, projet financé par le FQRSC, Québec (Canada). Lieu de stage : Centre Marocain des Sciences sociales (CM2S), Casablanca
Trajectoires de couples mixtes au Maroc : un habitus discursif valorisant au sujet de la mixité conjugale
À partir d’un terrain ethnographique qui a placé les récits d’expérience et l’observation participante au cœur de sa méthodologie de recherche, la thèse[1] qui sera présentée au cours de ce séminaire part de deux constats : 1) le cadre théorique dont les sciences sociales disposent pour décrire l’expérience de mixité conjugale n’est pas adapté à la mouvance de la situation contemporaine. 2) les écrits sur la mixité conjugale dans le contexte marocain demeurent prisonniers d’un habitus discursif négatif. L’originalité de cette recherche réside dans le fait qu’elle aborde la mixité conjugale sous l’angle de la métaphore du voyage prolongé. La présentation s’attardera en effet à montrer que la mixité peut être vu comme un voyage (rempli de négociations et d’ambivalences) : un voyage qui permet de se distancier du « home » de l’enfance et de construire sa propre trajectoire; un voyage qui va au-delà de l’enrichissement culturel en invitant ceux qui s’y engagent à une expérience de transformation culturelle; un voyage qui ne fait que se poursuivre avec l’expérience de mixité conjugale puisque déjà entamé avant la rencontre amoureuse; un voyage que la migration intensifie en obligeant à une redéfinition identitaire, mais un voyage surtout qui conduit à la découverte que le chez-soi est au fond de nous. Cette perspective, liée au contexte sociopolitique dans lequel cette recherche a vu le jour et à la spécificité de ma posture de chercheure, contribue à revitaliser le cadre conceptuel entourant la mixité conjugale en posant les bases d’un habitus discursif valorisant.
Note de lecture réalisée par Hlaoua Aziz, doctorant associé au CJB
Le travail de thèse de Catherine Therrien intitulé « Des repères à la construction d’un chez-soi. Trajectoires de mixité conjugale au Maroc, (thèse de doctorat - Université de Montréal) a été soutenu en octobre 2009. Cette recherche a été financée par le FQRSC, Québec (Canada).
En s’intéressant aux trajectoires de mixité conjugale, la recherche de Catherine Therrien a contribué à l’élaboration d’un nouveau langage de la rencontre qui rend compte du mouvement présent au sein de cette expérience, et ce, en s’attardant spécifiquement à la mixité conjugale dans le contexte du Maroc. Pour ce faire, l’auteure a privilégié une approche qui s’intéresse aux expériences subjectivement vécues plutôt qu’aux désignations sociales et culturelles.
Selon cette chercheure, le métier d’anthropologue est particulièrement pertinent pour s’intéresser aux acteurs sociaux dont le quotidien se négocie au croisement de références culturelles différentes. « Les concepts qui ont été façonnés pour refléter les changements du monde contemporain ont permis de mettre en évidence le mouvement qui caractérise notre époque. Cependant, si on s’attarde aux théories qui se sont élaborées autour de la mixité conjugale, on constate que plusieurs sont non seulement dépassées, mais qu’elles ne rendent pas compte du mouvement présent au cœur de cette expérience », constate l’auteur.
«Nous sommes placés, aujourd’hui, devant l’obligation de réajuster le tir, voire de créer un nouveau cadre théorique pour aborder la mixité conjugale de manière contemporaine». Ceci est le premier objectif de la recherche de Catherine Therrien. Pour atteindre ce but, l’auteure a effectué un travail ethnographique qui a placé les récits d’expérience et l’observation participante au cœur de sa méthodologie de recherche.
La thèse qui sera présentée au cours de ce séminaire part de deux constats :
1- Le cadre théorique dont les sciences sociales disposent pour décrire l’expérience de mixité conjugale n’est pas adapté à la mouvance de la situation contemporaine.
2- Les écrits sur la mixité conjugale dans le contexte marocain demeurent prisonniers d’un habitus discursif négatif.
L’originalité de cette recherche réside dans le fait qu’elle aborde la mixité conjugale sous l’angle de la métaphore du voyage prolongé. La présentation s’attardera en effet à montrer que la mixité peut être vue comme un voyage (rempli de négociations et d’ambivalences) : un voyage qui permet de se distancier du « home » de l’enfance et de construire sa propre trajectoire; un voyage qui va au-delà de l’enrichissement culturel en invitant ceux qui s’y engagent à une expérience de transformation culturelle; un voyage qui ne fait que se poursuivre avec l’expérience de mixité conjugale puisque déjà entamé avant la rencontre amoureuse; un voyage que la migration intensifie en obligeant à une redéfinition identitaire, mais un voyage surtout qui conduit à la découverte que le chez-soi est au fond de nous. Cette perspective contribue à revitaliser le cadre conceptuel entourant la mixité conjugale en posant les bases d’un habitus discursif valorisant.
Le deuxième objectif auquel répond cette recherche est de dresser un portrait ethnographique de la mixité conjugale au Maroc, ce qui constitue une contribution scientifique importante vu le peu d’études menées sur le sujet. A contresens des études qui s’intéressent au Maroc comme pays d’émigration, la recherche de Catherine Therrien a comme particularité de mettre au jour une migration quasi absente de la littérature, celle des étrangers (en couple mixte) venus s’établir dans ce pays. La contextualisation de la mixité conjugale au Maroc et le portrait ethnographique des participants de cette recherche permettent de démontrer la spécificité du contexte marocain en amenant de nouveaux éléments aux précédentes études produites sur la mixité conjugale en général.
Le troisième objectif, qui constitue la trame de fond de la thèse de Catherine Therrien, est de répliquer à certaines métaphores postmodernes par une inversion métaphorique à l’aide de la notion de chez soi « home » en montrant que le projet de construction de soi des individus contemporains concernés par cette étude n’est pas nécessairement synonyme de fragmentation, d’aliénation, d’étrangeté, d’instabilité, de déracinement, mais qu’il porte l’idée d’attachement et de cohérence. Un des éléments novateurs de cette recherche tient effectivement dans cette proposition de substituer le concept de « home » à celui de racine, pour dépasser l’idée d’une identité-sol enracinée (qui ancre nécessairement l’individu dans un territoire), ce qui permet de faire place au mouvement.
L’auteure souligne les limites de ce travail de thèse en spécifiant que les différentes représentations du chez-soi ont été approfondies uniquement avec les partenaires étrangers de l’étude. S’intéresser aux définitions du chez-soi des partenaires marocains est une piste qui aurait gagné à être explorée. La deuxième limite est due au choix du recrutement guidé par la technique de proche en proche à partir du réseau de connaissances de l’auteure, lequel l’a conduite à rencontrer des couples de classe socioéconomique moyenne ou aisée. Et pour finir, l’auteur souligne l’absence d’analyse des rapports de pouvoir au sein des couples étudiés.
Catherine est partenaire au sein d’un couple québeco-marocain. Elle a choisi de faire du Maroc un second « chez soi ». Cette « expérience partagée » avec les participants de son étude lui a permis d’être proche de la vie quotidienne des 31 couples mixtes qu’elle a étudiés.
Diplôme Doctorat (Ph.D.) en Anthropologie à l’Université de Montréal, Canada - décembre 2009
Projet de livre Therrien, C. (à paraître). La mixité comme voyage. Trajectoires de couples mixtes au Maroc. Manuscrit aux Presses de l’Université Laval (Collection Intercultures).
Publications -Le Gall, J., et Therrien, C. (Eds.) « Mixité conjugale et définitions de soi : regard croisés ». Numéro spécial de la revue Enfances, Familles, Génération, (à paraître).
-Therrien, C. (2012-a) “Trajectories of mixed couple in Morocco: a meaningful discursive space for mixedness”. In Revista de Sociologia, 91,1: 129-150.
-Therrien, C. (2008). “Frontières du « proche » et du « lointain » : pour une anthropologie de l'expérience partagée et du mouvement”. In Anthropologie et Sociétés, vol 32 : 35-4.
-Therrien, C. (2012-b). “Se distancier du « home » de l’enfance : la mixité conjugale comme suite d’un parcours de mobilité”. In Ertul, S., Melchior, J-P. (Eds.). Les parcours sociaux entre nouvelles contraintes et affirmation du sujet. Subjectivation et redéfinition identitaire. France (à paraître).
-Therrien, C. “Mixité conjugale et diversité religieuse : réflexion sur la transformation culturelle”. Article soumis à la revue Anthropologica.
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