Présentation

  • label ANR bleu CMJNL’étude du droit et des institutions judiciaires a été largement négligée, dans les mondes musulmans, à l’exception précisément de ce qui touche à la référence à l’islam. Ceci vaut à tous les niveaux : la formation juridique, l’élaboration du droit, le personnel judiciaire, les professions juridiques, la gestion policière et judiciaire de la criminalité, la prise de décision judiciaire, l’exécution des jugements, l’application des peines, les régimes d’incarcération, les justices parallèles, les justices d’exception, l’impact de l’aide extérieur sur les réformes, le sens commun du droit et de la justice, l’organisation spatiale, sociale et statistique de la justice et de sa mobilisation, etc. Il en résulte un certain nombre de biais ou de lieux communs sur le droit et la justice dans les mondes musulmans, qui sont source de nombreuses erreurs d’analyse. La survalorisation du référent islamique et les erreurs d’interprétation qui l’accompagnent est d’autant accentuée qu’elle est en quelque sorte validée par les acteurs politiques : les mouvements islamistes (et leur revendication d’« appliquer la sharî‘a islamique) et les gouvernants (qui se sont alignés sur ce registre de revendication).
  • Il n’est pourtant pas imaginable de s’intéresser à ces pays sans chercher à comprendre les enjeux que le droit non seulement reflète, mais aussi organise et constitue en lui-même, tout comme on ne peut considérer le droit de ces pays sans prendre la mesure de tout l’éventail des pratiques qui entourent son élaboration, son administration, son application et son vécu.
  • Le programme ANDROMAQUE et PROMETEE entend procéder à l’étude anthropologique du droit dans les sociétés en tout ou partie musulmanes. Il entend ainsi tout d’abord problématiser la question des relations du droit à l’islam, tout en respécifiant la réponse qui lui a été classiquement apportée. Il s’appuie sur une série de constats sur les acquis de l’anthropologie du droit, mais aussi sur le déficit d’attention accordée à la question des pratiques juridiques. Pour combler ce déficit, il propose de substituer à l’anthropologie du droit musulman une anthropologie du droit dans les mondes musulmans (ce qui inclut des situations où l’islam est minoritaire). Il se donne un objet précis, au cœur du droit : la propriété, le contrat qui porte dessus et sa transmission ; il le fait à partir d’un point d’observation privilégié, celui des instances de règlement des conflits. Enfin, il s’articule méthodologiquement sur la combinaison d’une ethnographie des pratiques, d’une anthropologie linguistique et d’une étude praxéologique du recours aux règles de référence.


Justice and Governance  in Contemporary India and South Asia