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Colloque international à l’occasion du 900ème anniversaire du décès du Qāḍī Abū Bakr Ibn al-ʿArabī. Organisateur : Ilyass Amharar (chercheur associé à l’IREMAM) avec le soutien du Centre Jacques Berque

Argumentaire
Né en 468/1076 à Séville, alors capitale des Abbadites, Abū Bakr b. Muḥammad Ibn al-ʿArabī al-Muʿāfirī, fils d’un vizir de la dynastie éponyme, grandit dans l’aisance d’une famille noble andalouse (Garden, 2015). Adolescent, la prise de Séville par les Almoravides le contraint à quitter la péninsule avec son père pour l’Orient. Il décrit ce périple dans sa relation de voyage, Tartīb al-riḥla lil-tarġīb fi l-milla, (Aʿrāb, 1987) qui inaugura un genre littéraire original : la riḥla-fahrasa (Touati, 2000). Ce voyage l’amène jusqu’à Bagdad, capitale des califes abbassides, où il fait une rencontre décisive, celle du savant qui deviendra son maître et exercera une influence majeure sur sa pensée : Abū Ḥāmid al-Ġazālī (m. 505/111). De retour à Séville, Abū Bakr enseigne à son tour les savoirs acquis en Orient : ḥadīṯ, exégèse, théologie ašʿarite, théorie légale (uṣūl al-fiqh) mais également les belles-lettres (Zāmil Sulaym, 2017). Ambitieux, ses projets de réforme de l’enseignement du droit malékite se heurtent à la rigidité almoravide : il se sent alors comme un étranger dans son propre pays (Fierro, 2006). D’abord élu à la haute judicature de Séville, il est critiqué pour sa dureté et conspué par une partie de la population (Lagardère, 1985), qui va jusqu’à saccager sa maison, brûler une partie de ses livres et le contraindre à prendre la fuite pour Cordoue. Il ne regagnera Séville qu’à la fin de sa vie. Sa réputation de grand spécialiste de ḥadīṯ est entachée par des rumeurs l’accusant de monter des chaînes de transmission de toute pièce (Robson, 1960). Son lien avec les Almohades, qui lui font d’abord un accueil chaleureux lors de sa venue à Marrakech avant de l’y emprisonner (Marin, 1999), soulève de nombreuses interrogations, au même titre que son décès des suites d’un empoisonnement, en 543/1148 (Cano Ávila, García San Juán, Tawfiq, 2009). L’influence d’Ibn al-ʿArabī est importante à plus d’un titre : dans le domaine de la théologie, on lui attribue d’avoir été l’un des grands acteurs de l’ašʿarisation d’ al-Andalus (Serrano, 2015), en introduisant des livres qui deviendront rapidement des références dans l’enseignement maghrébin, tels l’Iršād d’al-Ǧuwaynī (Amharar, 2020). Cependant, cette influence ne se limite pas à la théologie mais touche l’ensemble des sciences religieuses, comme l’attestent les catalogues (fahāris) andalous dans lesquels de nombreuses chaînes de transmissions d’ouvrages convergent vers Ibn al-ʿArabī. Le nom d’Abū Bakr Ibn al-ʿArabī apparaît également dans l’histoire du soufisme maghrébin, puisqu’il joua également un rôle prépondérant dans la transmission en al-Andalus et au Maghreb des voies spirituelles orientales (Lagardère, 1985 ; Vimercati San Severino, 2014). Abū Bakr fut aussi l’un des disciples les plus célèbres de Ġazālī. Il est réputé pour avoir fait connaître son œuvre en al-Andalus. Sa relation avec Ġazālī, qu’il aborde en détail dans sa Riḥla, aujourd’hui disparue mais partiellement restituée dans son Qānūn al-taʾwīl (ʿAbbās, 1968) ou ses ʿAwāṣim, permet d’en savoir plus sur Abū Ḥāmid lui-même (Griffel, 2009). Elle montre qu’en dépit de la verticalité du rapport maître/étudiant, Ibn al-ʿArabī s’est permis de critiquer certains aspects de la pensée de Ġazālī, en particulier l’influence de la falsafa : pour le Sévillan, celle-ci a « avalé » son maître sans qu’il ne sache comment en sortir. Cependant, il serait réducteur de circonscrire l’apport intellectuel du Qāḍī à celui d’un simple transmetteur des textes orientaux. Son œuvre abondante témoigne d’une pensée originale dont l’influence dépassa les frontières d’al-Andalus et du Maghreb (Tawrātī, 2020). Ainsi, ses Aḥkām al-Qurʾān ou son Kitāb al-nāsiḫ wa l-mansūḫ restent des ouvrages de référence chez les savants de tout le monde musulman (Lagarde, 2017). Pour certains prosopographes tardifs tels Ḏahabī, Ibn al-ʿArabī fait partie des rares savants muǧtahid-s, c’est-à-dire capables d’extraire des statuts légaux directement à partir du Coran et de la Tradition (Robson, 1960). Ibn al-ʿArabī est un symbole à bien des égards : d’origine andalouse, voyageant jusqu’en Irak par soif de connaissance, sa pensée illustre la rencontre culturelle de l’Orient et l’Occident. Théologien, juriste, spécialiste du ḥadīṯ mais aussi linguiste et exégète, il incarne également la rencontre des savoir