Interreligiosités marocaines : Un essai d’anthropologie visuelle

Conférence et Vernissage à Al Mowafaqa

Conférence sera au 13 janvier à 17h30 2026 | Exposition du 13 janvier au 13 février 2026

|DOSSIER PRESS | lieu : Institut œcuménique de théologie Al Mowafaqa | 24 Avenue du Chellah, Rabat – Hassan (Maroc)

Présentation

Au Maroc, la pluralité religieuse est souvent mise à l’honneur, jusqu’ au plus haut sommet de l’État, comme l’attestent le préambule de la Constitution de 2011, le message de Sa Majesté le Roi Mohammed VI à Marrakech sur les « les droits des minorités religieuses en terre d’Islam » en 2016, ou encore la visite du pape François à Rabat en 2019. Cette reconnaissance rejoint des pratiques de coexistence vécues au quotidien, notamment entre juifs et musulmans, mais aussi avec des chrétiens.
Cette exposition photographique propose un regard différent sur les interactions interreligieuses au Maroc où se côtoient les trois religions abrahamiques : islam, judaïsme et christianisme.
Sans nier les tensions qui peuvent les opposer parfois, l’objectif est de faire voir et (re)connaître les proximités et les résonnances qui existent entre ces religions. L’exposition ne porte pas sur les dogmes ni sur les différences théologiques, mais sur les comportements, sur le religieux vécu et la religiosité en actes. Se dessinent en creux une « interreligiosité » commune et transversale, alimentée de gestes, de rituels et de demandes qui transcendent les frontières établies par les autorités religieuses.
Au fil d’un pèlerinage en images, on découvre que musulmans, juifs et chrétiens partagent des croyances, des figures, des pratiques et même des lieux. Autrefois, il n’était pas rare que des fidèles aillent prier dans le sanctuaire d’une autre religion. Non pas pour se convertir, mais pour recevoir une grâce ou une bénédiction (baraka en arabe), pour demander une guérison, pour avoir un enfant ou pour répondre à une angoisse existentielle. De nos jours, de nouveaux échanges s’inscrivent dans la sphère du « dialogue des religions ».
Fondée sur des enquêtes anthropologiques, cette série photographique va à contre-courant de l’idée répandue des monothéismes conçus comme des blocs étanches et inconciliables. Elle déjoue ainsi les discours sur l’inéluctabilité du « choc des civilisations » et des religions.
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Cette exposition est la continuité de Prier dans le lieu de l’Autre créée en 2022 à la Maison Denise Masson par l’Institut Français du Maroc. Elle trouve sa source dans l’exposition de plus grande ampleur Lieux saints partagés, conçue au Mucem à Marseille en 2015 et récemment présentée à la Villa Médicis à Rome. Anthropologue au Centre Jacques Berque à Rabat, Manoël Pénicaud en est l’un des commissaires. Il présente ici son regard photographique sur ces « interreligiosités marocaines ».

L’exposition

Carte issue de l’ouvrage « Pèlerinages judéo-musulmans du Maroc » Paris, 1948

Écrivain militaire, historien et géographe sous le protectorat français, Louis Voinot (1869-1960) a consacré des recherches approfondies aux cas de pèlerinages (ziyarat en arabe) judéo-musulmans au Maroc, en recensant plus d’une centaine de sanctuaires partagés entre juifs et musulmans. Même si cet inventaire dressé sous le protectorat n’est pas exhaustif, il atteste de la multiplicité et de la vitalité du phénomène. Publiée en 1948 (Ed. Larose), cette carte présente la distribution de ces lieux (en rouge). Le groupe A indique des sites « revendiqués par les musulmans et les juifs » ; le groupe B rassemble des saints musulmans « que révèrent les juifs » ; et le groupe C concernent les « santons juifs invoqués par les musulmans ».

Procession musulmane des Regraga le long des cimetières juif et chrétien d’Essaouira. Essaouira, 2004

Cette image est l’une des premières prises par l’auteur-photographe, qui contienne simultanément plusieurs marqueurs religieux relevant de l’islam, du christianisme et du judaïsme au Maroc. A droite, les treize zaouïas (confréries) Regraga sont en train d’entrer en procession dans Essaouira, accueillies par la foule et les autres confréries de la ville. Le cortège longe le cimetière chrétien (à gauche), ainsi que le cimetière juif (au fond) où s’élève le mausolée blanc du grand rabbin Haïm Pinto. A travers ces références aux trois monothéismes, cette photographie témoigne de la contigüité interreligieuse qui existe dans cette « ville aux cinq voyelles », célèbre pour sa tradition de tolérance et de coexistence.

Enfants musulmans découvrant le cimetière chrétien d’Essaouira. Essaouira, 2004

Il n’est pas courant d’avoir accès au cimetière d’une autre religion, selon l’idée répandue que c’est un endroit réservé aux membres d’une seule communauté. Ici, de jeunes Souiris qui attendaient du haut d’une terrasse l’entrée dans la ville des confréries Regraga, découvrent avec curiosité ce lieu sacré de sépulture où reposent des chrétiens catholiques et protestants. Depuis sa fondation au 18e siècle par le sultan Mohammed ben Abdallah, de nombreux étrangers ont résidé à Essaouira et certains y ont été inhumés.

Mausolée d’un saint Regraga. Akarmoud, 2013

Selon leur tradition, les confréries Regraga remontent à sept premiers saints chrétiens qui se seraient convertis à l’islam dès le 7e siècle (1er siècle de l’Hégire), après être allés rencontrer le prophète Mohammed à Médine. Leurs descendants se déclarent à la fois « Compagnons du Prophète » et « disciples de Jésus » (hawâriyyoûn). A chaque printemps, les treize zaouïas accomplissent un pèlerinage circulaire (Daour) de 39 jours et visitent quarante-quatre tombeaux de leurs saints ancêtres dans la région des Chiadma. Point de départ du Daour, la qubba de Sidi Abdallah Ou Ahmed est située sur la commune d’Akarmoud, à 60 kilomètres au nord d’Essaouira.

Offrande de sucre à l’intérieur d’une qubba. Akarmoud, 2013

Entouré de tombes, le mausolée (qubba) de Sidi Abdallah Ou Ahmed (18e siècle) abrite un cénotaphe qui est une structure matérialisant la présence du saint personnage, sans que son corps y soit nécessairement enterré. La baraka habite ce sanctuaire que les Regraga visitent au départ de leur pèlerinage annuel (Daour), comme les visiteurs qui s’y rendent à toute période de l’année. Il est fréquent que des mains anonymes déposent sur le catafalque vert des offrandes alimentaires (pain, sucre, huile) censées s’imbiber de la baraka qui émane de ce lieu de paix.

Dhikr au coeur de la Zaouïa Qaddiriyya. Essaouira, 2025

Après le rituel du samâa durant lequel les membres de la tariqa Qadiriyya ont chanté assis des invocations, une séquence de dhikr (récitation, souvenir) vient de commencer, dirigée par Hicham Dinar (en bleu), le jeune moqaddem de la Zaouïa. Debout, ils scandent le nom de Dieu, en formant un cercle et balançant leur corps en rythme. Les respirations se font plus fortes, saccadées, et la hadra (état d’extase) devient palpable. Cette nuit-là, des juifs et des chrétiens ont été invités à dîner dans la Zaouïa et à assister à la veillée. A une heure avancée, tous les participants se sont mélangés, quelle que soit leur appartenance religieuse. Les non-musulmans ont été témoins de la prière des soufis qui les ont reçus dans leur espace sacré, exemple signifiant d’hospitalité.

Ouverture d’une lila (nuit rituelle) de Gnawa. Essaouira, 2025

De nos jours, le nom de « Gnawa » est souvent associé au festival de musique mondialement connu et créé en 1998 à Essaouira. Mais le grand public ignore en général que l’univers des Gnawa représente un système complexe dont le répertoire musical n’est qu’un élément. Durant des cérémonies rituelles nocturnes (lila), ils convoquent des esprits (jnun, melk) qui s’emparent de certains adeptes pris dans une transe de possession. C’est un culte hétérodoxe qui relève d’une forme de soufisme populaire et mixé avec les croyances animistes des anciens esclaves d’origine sub-saharienne.
A Essaouira, le fief des Gnawa est la Zaouïa Sidna Bilal, du nom de l’esclave éthiopien affranchi par le prophète Mohammed et devenu le premier muezzin de l’islam. Chaque année, durant le mois de Chaabane qui précède le mois sacré de Ramadan, des lilas y sont célébrées jusqu’à très tard dans la nuit. Ici, les Gnawa reviennent de la procession (aâda) à travers les rues de la médina et qui sera suivie d’un sacrifice.

Cimetière juif de Tétouan. Tétouan, 2025

Parfois appelée « la fille de Grenade » ou « la petite Jérusalem », la ville de Tétouan abrite l’un des cimetières juifs les plus anciens du Maroc. Nombreuses sont les familles juives à s’y être installée après leur expulsion d’Espagne en 1492 par les « rois catholiques ». Entouré de tombes musulmanes (dans l’arrière-plan), ce cimetière compte les sépultures de plusieurs saints, dont certains étaient aussi visités par les musulmans jusqu’au siècle dernier, à l’instar de Rabbi Ishaq ben Walid. Derrière l’édicule orné de tuiles qui protège les tombes de trois grands rabbins, se dresse un rocher à propos duquel Louis Voinot rapporte ce récit concernant un juif converti à l’islam, qui se serait empoisonné en signe de repentir : « Les juifs l’enlèvent alors à prix d’or du cimetière des musulmans, lesquels veulent â leur tour le reprendre. Mais une pierre, tombée on ne sait d’où, pèse d’un tel poids sur la sépulture, qu’il est impossible de l’arracher. »

Cimetière juif de Fès et tombe de Lalla Solica. Fès, 2025

Au coeur du cimetière juif, une tombe couverte de zelliges blancs et bleus (à droite) abrite la sépulture de Lalla Sol Hatschuel, parfois appelée « Solica », une jeune femme d’une grande beauté née à Tanger en 1817, devenue la sainte juive la plus connue du Maroc. Plusieurs récits circulent à son sujet : tantôt, elle aurait refusé d’abjurer le judaïsme, ce qui l’aurait conduite au martyre en 1834. Tantôt, elle se serait convertie à l’islam pour épouser un amant, mais à la mort de ce-dernier, elle serait revenue à sa religion d’origine, ce qui l’aurait aussi amenée à être mise à mort. En 1948, Louis Voinot notait à son sujet : « Pendant très longtemps, des musulmans ont vénéré́ la sainte Aujourd’hui, les intéressés nient. Il ne semble pas impossible que ce culte ait pris fin ; peut-être aussi quelques-uns s’adressent-ils encore à Sol Achaouel dans certaines occasions et en secret. » Dans son livre Culte des saints et pèlerinages judéomusulmans au Maroc (1990), Isacchar Ben Ami rapporte simplement : « Les Musulmans aussi comptent parmi ses admirateurs. » Mais de nos jours, ces fréquentations semblent bien disparues. Le cimetière est toutefois décoré par ce dessin (à gauche) promouvant la coexistence judéo-musulmane.

Pèlerins juifs devant la tombe de Rabbi Amrane ben Diwane. Asjen, 2025

Le sanctuaire de Rabbi Amrane ben Diwane est un lieu de pèlerinage juif (hiloula en hébreu) parmi les plus importants du Maroc. Deux fois par an, des centaines de juifs marocains rendent visite à ce « saint » du 18e siècle et originaire d’Hébron en Palestine. Il était venu au Maroc pour collecter des fonds et s’était installé à Fès, avant de mourir à Ouezzane lors d’une tournée. Il fut inhumé au cimetière d’Asjen où sa tombe, recouverte par un tas de pierres noircies par d’innombrables bougies, est surplombée par un olivier plusieurs fois centenaire. On raconte qu’il ne brûle jamais en dépit des hautes flammes qui crépitent pendant les pèlerinages. Ce saint est très réputé pour les nombreux miracles qui ont guéri les personnes frappées de mutisme, de paralysie et de stérilité́, y compris des musulmans. « Des femmes se rendent en cachette au tombeau dans l’espoir de devenir mères », rapportait Louis Voinot en 1948. Aujourd’hui, l’accès des musulmans n’est plus d’actualité – sauf en de rares exceptions –, à cause des mesures de sécurité. Il arrive encore que des musulmanes soient invitées par la communauté à solliciter la baraka de Rabbi Amrane. Depuis peu, l’espace sacré a été divisé, les femmes d’un côté, les hommes de l’autre.

Un artisan musulman prend soin des tombes juives. Marrakech, 2017

Le cimetière juif de Marrakech est régulièrement visité par des familles juives marocaines qui vivent pour la grande majorité à l’étranger mais qui sont en quête de leurs racines. Depuis quelques années, la restauration du site s’inscrit dans la politique de reconnaissance du judaïsme marocaine déployée au plus haut niveau de l’État. Sur place, des artisans musulmans entretiennent et restaurent les tombes avec soin, à l’instar de cet homme qui peint les inscriptions d’une pierre tombale en hébreu, sans qu’il ne lise ni ne parle cette langue.

Grotte judéo-musulmane. Séfrou, 2011

La ville de Séfrou abritait une importante communauté de confession juive, supérieure en nombre à celle des musulmans. Sur les hauteurs de la route de Fès et de Bhalil, une grotte appelée « Kef Lihoud » ou « Moul Jebel Lakhdar » semble avoir été doublement sacralisée. Les juifs y vénéraient tantôt le prophète Daniel, tantôt le célèbre Rabbi Amrane ben Diwane (inhumé à Asjen, près de Ouezzane). Selon certaines sources, les musulmans avaient l’habitude d’y vénérer les Gens de la Caverne (Ahl al-Kahf) mentionnés dans la sourate 18 du Coran et connus dans le christianisme comme les Sept Dormants. Selon Louis Voinot, « les femmes s’y rendent nombreuses ; elles procèdent à leurs grandes ablutions afin d’obtenir des enfants ». En 2011, le gardien des lieux réfutait la présence des miraculeux Dormants mentionnés dans le Coran. Selon lui, ces derniers se seraient réveillés jadis en Irak et non pas au Maroc…

Femme priant sur la tombe de Rabbi Haïm Pinto. Essaouira, 2022

La tradition raconte qu’à l’âge de douze ans, le jeune Haïm aurait reçu de façon surnaturelle l’enseignement de la Torah par le prophète Elie, signe d’une destinée hors-norme. Acquérant rapidement la réputation de saint homme, il aurait accompli de nombreux miracles, ce qui a attiré le grand respect des musulmans. Son pèlerinage annuel est très prisé car les voeux des visiteurs s’y exauceraient plus qu’ailleurs. Ici, une femme juive venue de l’étranger est en prière sur le cénotaphe du Tsaddik (Juste) au centre du cimetière. Située dans le Mellah (ancien quartier juif), sa maison est aussi visitée par les touristes et les pèlerins. Sa gardienne est d’ailleurs musulmane et elle est la mère du gardien du cimetière.

Le nonce apostolique au Maroc avant de célébrer une messe à Bayt Dakira. Essaouira, 2025

Cette « Maison de la Mémoire » (Bayt Dakira en arabe) a vu le jour pour promouvoir la diversité culturelle et religieuse qui a façonné la ville d’Essaouira. Inaugurée par le Roi Mohammed VI en janvier 2020, ce lieu est devenu emblématique de ce patrimoine pluriel. Cet espace culturel abrite aussi un parcours d’exposition, une synagogue restaurée et un centre de recherches sur les relations entre judaïsme et islam. Dans l’entrée, les visiteurs sont accueillis par deux livres ouverts : une Bible (Torah) et un Coran. Ils peuvent aussi lire les formules volontairement imbriquées « Shalom Alaykoum » et « Salam Lekoulam ». Au centre de l’image, Mgr Alfred Xuereb, nonce apostolique du Vatican au Maroc, a été invité à célébrer une messe devant un public de juifs, chrétiens et musulmans, lors d’un événement organisé par la Fondation hispano-marocaine des Trois Cultures de la Méditerranée. Cet office catholique a eu lieu à côté de la synagogue en activité. Après quoi, le prêtre a béni une croix en bois de tuya, confectionnée par des artisans musulmans et qui a été offerte à une confrérie catholique à Séville dont le parcours processionnaire traverse l’ancienne Mosquée Aljama de la ville qui est devenue une cathédrale.

Moine de Notre-Dame de l’Atlas. Midelt, 2011

Décédé en 2021 à l’âge de 97 ans, le frère Jean-Pierre Schumacher était l’un des moines du monastère de Notre-Dame de l’Atlas à Midelt. Il était aussi le dernier survivant du monastère de Tibhirine (Algérie), où sept de ses frères avaient été assassinés en mai 1996. En 2000, ce nouveau monastère a été fondé dans le Moyen Atlas marocain et les moines ont très vite tissé des liens d‘amitié avec leurs voisins musulmans. Ils pratiquent avec eux le jeûne du Ramadan et sont souvent leurs hôtes pour la rupture du jeune (ftour, iftar). Dans l’enceinte du monastère, ils ont aménagé un mémorial dédié aux sept frères de Tibhirine, une chapelle au père Albert Peyriguère (1883-1959), ermite et disciple de Charles de Foucauld, ainsi qu’une petite mosquée ou espace de prière pour les visiteurs et employés musulmans.

Le prieur de Notre-Dame de l’Atlas avec l’ex-voto de la Badalya de Louis Massignon. Midelt, 2011

Le père Jean-Pierre Flachère, prieur du monastère cistercien, tient l’un des rares exemplaires de l’insigne de la Badaliya (« substitution » en arabe), un groupe de prière fondé en 1934 par l’islamologue Louis Massignon (1883-1962) et Mary Kahîl (1889-1979) à Damiette en Égypte. Ne cherchant plus la conversion des musulmans, ses membres hommes et ces femmes priaient secrètement pour leur salut et se réunissaient dans plusieurs villes dont Jérusalem, Rome, Paris et Rabat. Cet ex-voto rappelle aussi le sacré coeur de Charles de Foucauld, qui était passé en 1883 dans la région de Midelt et qui a été le mentor spirituel de Louis Massignon, lequel a été qualifié de « catholique musulman » par le Pape Pie XI en 1934.

Le pape François reçu à Rabat par le Roi Mohammed VI. Rabat, 2019

Le 30 mars 2019, le Roi Mohammed VI a solennellement reçu le pape François sur l’esplanade de la Tour Hassan, à proximité du mausolée de son le roi père Hassan II et de son grand-père le roi Mohammed V. Dans son discours, le roi a déclaré : « Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham, pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine. L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent. Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume. » Puis, les deux souverains ont signé un document la préservation du caractère multireligieux de Jérusalem, « comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue. »

Ancienne chapelle du Monastère de Toumliline. Près d’Azrou, 2025

Entre 1952 et 1968, ce monastère bénédictin fondé sur les hauteurs d’Azrou dans le Moyen Atlas a été un phare spirituel chrétien en terre d’islam. Ces moines se sont installés comme des « hôtes du Maroc » selon l’expression utilisée à Rabat par Mgr Louis-Amédée Lefèvre dans une lettre pastorale de 1952. Au lendemain de l’indépendance du Maroc, en 1956, ce lieu dédié à la vie contemplative est devenu un lieu précurseur du dialogue interreligieux que le Concile de Vatican II allait promouvoir. Fermé puis tombé en désuétude, le lieu déconsacré est aujourd’hui restauré par la fondation marocaine Mémoires pour l’Avenir et ses partenaires qui ont notamment fait restaurer la chapelle qui menaçait de s’écrouler.

Catholiques et protestants récitant le Notre Père en arabe. Près d’Azrou, 2024

La Fondation Mémoires pour l’Avenir et ses partenaires oeuvrent à réinsuffler « l’esprit de Toumliline » au Maroc, en travaillant à la fois à la reconnaissance de ce patrimoine historique et à la relance de rencontres internationales au 21e siècle. En septembre 2024, lors d’un événement commémoratif, le cardinal Cristóbal López-Romero (à gauche) a initié, dans la chapelle, une cantillation du Notre Père en arabe. À ses côtés se tenaient la pasteure Karen Thomas Smith (à droite), co-présidente de l’Institut oecuménique de théologie Al-Mowafaqa avec l’archevêque, ainsi que le père Daniel Nourissat (au centre), membre fondateur dudit institut. Cette prière, en présence de musulmans et de juifs, a résonné comme un hommage en écho aux offices quotidiens observés par les moines d’autrefois.

Présentation de l’auteur

Né en 1978, Manoël Pénicaud est anthropologue au CNRS et membre du Centre Jacques Berque à Rabat. Il est aussi photographe, documentariste et commissaire d’expositions.
Ses travaux se concentrent sur le rapport au sacré et sur les relations interreligieuses dans l’espace euro-méditerranéen et en particulier au Maroc. Sa démarche se situe dans le champ de l’anthropologie des religiosités, des pèlerinages et des sanctuaires partagés, ainsi que du dialogue des religions.

Son regard photographique s’inscrit dans la continuité de l’exposition-mère Lieux saints partagés dont il est l’un des commissaires et dont différentes versions ont été présentées au Mucem (2015), avant d’être adaptée ensuite au Musée du Bardo à Tunis (2016) ; au Musée national de la Photographie et au Macedonian Museum of Contemporary Art à Thessalonique (2017) ; au Musée national de l’Histoire de l’Immigration à Paris (2017) ; au Musée des Confluences-Dar El Bacha à Marrakech (2018) ; à la New York Public Library, la Morgan Library & Museum et le CUNY Graduate Center à New York (2018) ; à Depo à Istanbul (2019) puis à CerModern à Ankara (2021), ainsi qu’à l’Académie de France à Rome – Villa Médicis d’octobre 2025 à janvier 2026.
Ses images ont aussi été présentées dans d’autres expositions : Ave Maria. Un pèlerinage en Méditerranée au Musée de Notre-Dame de la Garde à Marseille (2023), à la Biennale d’Art sacré d’Autun (2023), aux Rencontres Orient-Occident en Suisse (2018) ; « Chrétiens d’Orient. 2000 ans d’histoire » à l’Institut du Monde Arabe (2017-2018) ; Inextricabilia. Enchevêtrements magiques à La Maison Rouge (2017) ; Toutes les créatures de Dieu sont belles au Musée du Patrimoine Traditionnel de Djerba (2017) ; L’Oriente dei Sette Dormienti à l’Institut Français Centre Saint-Louis à Rome (2011) ; La Méditerranée des Sept Dormants aux Rencontres d’Averroès (2011)…

Ses photographies ont été publiées dans la presse : Le Monde des Religions, Le Monde de la Bible, La Vie, L’OEil, Le Courrier de l’Atlas, Télérama, Le Temps, Pèlerin, Qantara
Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles.

Parmi ses derniers ouvrages, figurent Lieux saints partagés. Voyage entre les religions, (collectif, Silvana Editoriale, 2025), Denise Masson. La Dame de Marrakech, (collectif, IFM, 2025), Al di là dei confini. Luoghi sacri condivisi nel Mediterraneo, (Edimil, 2025). Signalons la biographie : Louis Massignon. Le « catholique musulman » (Bayard, 2020), récompensée par le Prix Lyautey 2021 de l’Académie des Sciences d’Outre-mer et par la Mention spéciale du Prix de L’OEuvre d’Orient 2021. Citons également Le réveil des Sept Dormants. Un pèlerinage islamo-chrétien en Bretagne, Cerf, (2014) 2016 et Dans la peau d’un autre, Les Presses de la Renaissance, 2007. Parmi les ouvrages collectifs : Interreligious Practices and Saint Veneration in the Muslim World, 2023 ; Shared Sacred Sites, NYPL, New York, 2018 ; Coexistences, Actes Sud, 2017 ; Lieux saints partagés, Actes Sud-Mucem, 2015 (Prix Méditerranéen du livre d’Art)…

Pour en savoir plus…

Revue de presse :

Suit une sélection d’échos médiatiques reliées à l’exposition-mère Lieux saints partagés, dans ses différentes versions :
Le Point : « Lieux saints partagés, une exposition qui met à mal les discours identitaires », par Christophe Ono-dit-Biot, 4 décembre 2025
Le Monde : « Quand l’art bâtit des ponts entre les religions », par Harry Bellet, 20 nov 2025
Connaissance des arts : « A la Villa Médicis, Lieux Saints Partagés révèle par l’art le dialogue entre les religions« , 15 nov 2025
France 2: Emission Islam, « Convergences islamo-chrétiennes », 9 nov 2025
La Croix : « Un voyage entre les religions dans la Villa Médicis », par Laure Giuily, 13 oct 2025
Avvenire : « In una mostra il sacro che unisce tra fede e storia », par Laura Badaracchi, 12 oct 2025
L’Osservatore Romano : « La mostra Luoghi sacri condivisi. Significati in prospettiva », par Fausta Sperenza, 8 oct 2025
Libération : « A Marseille, la mythique et oecuménique ‘Bonne Mère’ s’apprête à accueillir le Saint-Père« , Stéphanie Harounyan, 22 septembre 2023

Ouvrages :

Lieux saints partagés. Voyage entre les religions, sous la direction de D. Albera, R. Bories, M. Pénicaud, Silvana Editoriale, 2025, double édition en français et en italien
Shared Sacred Sites, sous la direction de D. Albera, K.Barkey, M. Pénicaud, The New York Public Library, The Morgan Library & Museum, City University of New York, 2018 (édition limitée)
Religiographies. Representations, Texts and Lives. Special Issue: Holy Sites in the Mediterranean, Sharing and Division, sous la direction de D. Albera, S. Kuehn, M. Pénicaud 1, 1, 2022, 164p.
Coexistences, sous la direction de D. Albera et M. Pénicaud, Actes Sud-MNHI, 2017
Lieux saints partagés, sous la direction de D. Albera, I. Marquette et M. Pénicaud, Actes Sud-Mucem, 2015. Prix Méditerranée du livre d’Art 2015.
Manoël Pénicaud, Prier dans le lieu de l’Autre. Un pèlerinage photographique en Méditerranée, Institut Français de Marrakech, 2022, 70p.

Site Internet :

https://www.sharedsacredsites.net/

Présentation du lieu

Institut OEcuménique de Théologie Al Mowafaqa
« S’accorder et servir »

Créé en 2012 à l’initiative des Églises catholique et protestante au Maroc, l’Institut Al Mowafaqa est un lieu unique de formation, de recherche et de dialogue interculturel et interreligieux. Installé à Rabat, il accueille chaque année des étudiants venus d’Afrique et d’Europe et d’ailleurs et propose une formation universitaire en théologie et sciences religieuses, des certificats spécialisés. En parallèle, il dispose aussi d’un pôle culturel qui favorise la rencontre entre les cultures et identité, les traditions spirituelles.

L’Institut dispose également d’une bibliothèque spécialisée disposant entre autres des ouvrages sur le dialogue et la rencontre.

Le pôle culturel et la bibliothèque forment ensemble une entité héritière de La Bibliothèque patrimoniale La Source, centre de documentation, de recherche et de rencontre qui fut déjà un carrefour intellectuel et spirituel au Maroc.

Pour citer le cardinal Cristobal López Romero (Archevêque et co-président de l’Institut Al Mowafaqa) : « Al Mowafaqa s’inscrit dans la lignée de l’expérience fondatrice de Toumliline ». De même que le monastère de Toumliline fut, dans les années 1950-60, un lieu emblématique du dialogue interreligieux au Maroc, ses échos ont résonné à La Source, puis aujourd’hui à l’Institut Al Mowafaqa.

L’institut Al Mowafaqa se veut ainsi héritier direct de cet esprit pionnier, offrant un espace où chrétiens, musulmans… étudiants et chercheurs de divers horizons peuvent se rencontrer pour bâtir des ponts de compréhension et de fraternité.

Ainsi, l’Institut Al Mowafaqa poursuit une mission essentielle : former, réfléchir et promouvoir le dialogue interculturel et interreligieux au coeur du Maroc, carrefour entre l’Europe, l’Afrique et l’espace méditerranéen.

« Je considère aussi comme un signe prophétique la création de l’Institut OEcuménique Al Mowafaqa, à Rabat en 2012, par une initiative catholique et protestante au Maroc, Institut qui veut contribuer à promouvoir l’oecuménisme ainsi que le dialogue avec la culture et avec l’Islam. Cette louable initiative traduit le souci et la volonté des chrétiens vivant dans ce pays de construire des ponts pour manifester et servir la fraternité humaine »

Allocution du Pape François à l’esplanade de la Tour Hassan, samedi 30 mars 2019, lors de sa visite à Rabat.
Lien : www.almowafaqa.com

Découvrir Al Mowafaqa

Revue de presse

Les 10 ans de l’Institut oecuménique de théologie Al Mowafaqa de Rabat
L’Institut Al Mowafaqa, lieu de rencontre unique entre cultures et religions
Lien vers la revue de presse complète

Publications :

Actes du colloque Mobilités humaines et trajectoires des monothéismes en Afrique, sous la direction de J. Koulagna, S. Bava, S.D. Niane, les éditions africaine, 2021
Actes du colloque Minorité religieuses en Afrique méditerranéenne et subsaharienne le défi, la force et la grâce d’être minoritaires, sous la direction de Jean Koulagna, 2023
Publication de la journée d’étude Regards chrétiens sur l’Islam et les musulmans depuis le Maroc, 2025 en cours de publication.