Les plus anciens manuscrits coraniques du Maroc : Mémoire préservée, identités retrouvées

Intervenante : Eléonore Cellard , chercheuse indépendante soutenue par la fondation Max Van Berchem (Genève)

Date et lieu :  Vendredi 21 novembre 2025 à partir de 16h | Affiche |

Le séminaire aura lieu à à l’Institut Royal pour la Recherche sur l’Histoire du Maroc (IRRHM) Madinat al Irfane (derrière l’Institut Royal de la Culture Amazighe).

Résumé du Séminaire : Ses travaux actuels portent sur la culture islamique au Sahara entre le XVIe et le XIXe siècle en mettant en perspective des sources littéraires et archivistiques provenant de la Mauritanie, du Mali, du Niger et du Sud algérien. Il s’agit pour moi de retracer l’histoire d’une tradition intellectuelle née de la nécessité d’adapter les institutions et normes de l’islam aux conditions de vie dans le désert. Pour ce faire, j’explore les différents usages de l’érudition musulmane et du droit faits par les communautés nomades et sédentaires de cette partie de l’Afrique trop souvent réduite aux seuls enjeux du présent. Depuis mes premières enquêtes dans les oasis du Touat en Algérie, je conçois ma recherche comme un dialogue avec des textes et des hommes. Le dépouillement d’une archive, la lecture d’un manuscrit, sont pour moi inséparables de la pratique anthropologique du terrain et de l’échange entre collègues du sud et du nord.

Il est membre du comité de direction de la revue Arabica, comme membre du comité éditorial de la revue Islamic Africa ainsi que dans la rédaction de la revue Afriques : débats, méthodes et terrains d’histoire.

Résumé d’intervention : Ce séminaire s’intéressera aux manuscrits du Coran écrits en écriture coufique sur parchemin, actuellement conservés dans les bibliothèques marocaines. Plutôt que de nous attarder sur les questions relatives à leur origine – un sujet certes essentiel, mais qui s’inscrit bien en amont de la chronologie considérée par ce programme scientifique – nous privilégierons l’exploration des modalités de leur transmission à travers les siècles. La survie de ces témoins remarquables pose plusieurs questions fondamentales : quels lieux ont assuré leur préservation ? Quels acteurs, qu’il s’agisse de particuliers ou d’institutions, ont joué un rôle dans leur sauvegarde ? Enfin, quelles stratégies, qu’elles soient liées à la conservation, à l’usage ou même à la restauration, ont permis de préserver leur intégrité ou, au contraire, ont contribué à leur altération ?
Un examen attentif des caractéristiques matérielles de ces manuscrits fournit des indices essentiels sur les conditions de leur conservation à différentes périodes, notamment durant le Moyen Âge. Toutefois, le séminaire se concentrera plus particulièrement sur les dynamiques propres aux XXe et XXIe siècles. Cette période marque un tournant, où les manuscrits en écriture coufique suscitent un intérêt croissant, tant dans le contexte intellectuel marocain qu’à une échelle internationale.
À l’aube du Protectorat français, l’étude des collections permet d’évaluer l’état du corpus, les pratiques de transmission, ainsi que l’intérêt scientifique dont il faisait déjà l’objet. Le XXe siècle voit cet intérêt évoluer, passant d’un cercle érudit à une reconnaissance plus large. Les manuscrits en écriture coufique acquièrent une place de plus en plus importante dans les collections muséales et privées, souvent comme objets d’art islamique, parfois au détriment de leur contexte d’origine. Cependant, cette diffusion s’accompagne d’une fragmentation des manuscrits, souvent volontaire, et d’une anonymisation destinée à faciliter leur intégration dans des collections éloignées de leur environnement initial.
Aujourd’hui, les outils paléographiques et codicologiques permettent de reconstituer ces fragments dispersés et d’identifier les stratégies de transformation et de maquillage qui ont contribué à leur dépossession. Ce travail de reconstruction éclaire non seulement les mécanismes à l’oeuvre dans la constitution des collections modernes, mais aussi les moyens de redonner à ces manuscrits leur place dans l’histoire patrimoniale marocaine. Ce séminaire ambitionne ainsi de contribuer à une meilleure compréhension de la trajectoire de ces témoins vénérables et à une valorisation renouvelée de leur héritage au sein des études islamiques.